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Covid-19 | La lutte contre la pandémie dans les foyers pour requérants d’asile passe par l’information

En ligne depuis le 31 mars 2020 - modifié le 2 avril 2020

« Nous informons les personnes requérantes que nous ne les abandonnons pas et que les soins hospitaliers leurs sont aussi garantis»

Le Dr Sanchis est responsable médical à l’Unité de Soins aux Migrants (USMi), dans le Département Vulnérabilités et médecine sociale du Centre universitaire de Médecine Générale et Santé Publique – Unisanté (Vaud). Psychiatre et psychothérapeute transculturel de formation, il encadre et supervise le travail de l’équipe infirmière et médicale de l’unité, en collaboration avec les responsables infirmier et administratif. L’USMi se charge depuis plus de dix ans, sur mandat du canton de Vaud, de la prise en charge médicale et psychologique des personnes relevant de l’asile (permis N, F, personnes à l’aide d’urgence) et de leur réorientation dans le réseau de santé. Elle cherche également à dépister les troubles liés à la santé mentale et à assurer un suivi des personnes plus réticentes à l’accompagnement psychiatrique, en créant un lien de confiance avec l’appui d’interprètes. Quelques 5400 personnes issues de l’asile sont suivies dans l’une des sept consultations présentes sur tout le canton, y compris dans quatre centres. Les trois quarts vivent en appartement. Nous avons contacté le Dr Sanchis afin d’en apprendre plus sur les dispositifs mis en place par son unité et le canton de Vaud pour la prise en charge des personnes dans le contexte actuel lié au Covid-19.

USMi, une équipe pluridisciplinaire. UNHCR / Mark Henley

 

Quel est le dispositif spécifique mis en place dans contexte du Covid-19 ? 

Nous avons renforcé dès le 4 mars le dispositif de prévention en collaboration avec le médecin cantonal, le HPCi (Hygiène, prévention et contrôle de l’infection) et l’EVAM (Établissement vaudois d’accueil des migrants). Nous avons cherché à soutenir le personnel de l’EVAM non seulement dans la mise en place des mesures d’hygiène, mais aussi d’isolement et de mise en quarantaine en cas de suspicion de contamination ou de cas avéré. Nous avons identifié et établi une liste des personnes à risque qui résident en foyer -une centaine de personnes- et en appartement – au tour de 500 – , afin d’assurer un suivi rapproché et la possibilité d’une réaction sanitaire rapide.
Les foyers présentent évidemment un risque accru de contagion. Nous avons également été amenés à accompagner les équipes dans la gestion de groupe dans les foyers et les centres car la situation génère énormément de stress et il est essentiel de permettre tant aux collaborateurs de l’EVAM qu’aux requérants d’asile de se sentir le plus à l’aise possible et en confiance. Dans ce contexte, l’information joue un rôle fondamental pour permettre une implication de chaque personne dans l’application des consignes de prévention, éviter les rumeurs et réduire l’anxiété.

Observez-vous davantage d’anxiété et recevez plus de demandes de soutien de la part des personnes migrantes ou réfugiées ?

Oui, de manière spontanée, l’USMi a été beaucoup plus sollicité. L’équipe sanitaire est particulièrement vigilant aux risques de suicide, décompensation psychotique, reviviscences du vécu traumatique, etc, de personnes déjà fragilisées. La collaboration avec le personnel de l’EVAM est importante, car ils peuvent détecter et nous signaler des comportements psychiques problématiques à suivre. Des personnes qui soudain s’isolent totalement. Ou des tensions exacerbées. C’est le cas notamment des personnes à l’aide d’urgence, qui présentent un risque accru de troubles psychiques. Ils ont le sentiment d’être laissés pour compte. Et expriment que l’État leur a montré qu’il ne veut pas d’eux. Certains ont pu avoir le sentiment que c’était une nouvelle façon de vouloir les faire partir. On sent donc beaucoup de révolte chez cette population qui se sent abandonnée.
Nous sommes ainsi intervenus dans un centre pour aider à comprendre la situation de la pandémie et les consignes de sécurité. Avec l’aide d’interprètes, nous avons cherché à transmettre ces informations par un message court, accessible à tous et adapté à notre public. Les messages classiques placardés n’étaient pas suffisants. Nous avons expliqué que l’équipe médicale et le personnel de l’EVAM ne les abandonnera pas, qu’ils seront soignés et envoyés à l’hôpital si besoin comme le reste de la population. Et que nous avons à nous battre ensemble contre cette maladie face à laquelle nous sommes tous égaux. Nous avons cherché à éveiller la solidarité à l’égard des aînés et mis l’accent sur les mesures d’hygiène à respecter. Pour le moment, nous sommes intervenus uniquement dans le centre où des tensions particulières nous étaient signalées (informations mal comprises, rumeurs,…). Les collaborateurs de l’EVAM ont indiqué que l’atmosphère s’était largement apaisée suite à notre passage jeudi dernier. Nous allons également nous rendre dans les autres centres afin de faire ce même travail de prévention et d’information. Nous explorons aussi d’autres formes pour sensibiliser cette population, comme par exemple des vidéos et brochures développés par UNICEF, l’OMS, EPER,…dans lesquels des ressortissants des différents pays d’origine expliquent, parfois avec de l’humour,  l’importance des gestes barrières.

Avez-vous aussi reçu des demandes de personnes ayant récemment reçu une décision de renvoi ou de levée d’admission provisoire ?

Oui, et  nous avons reçu des demandes de rapports médicaux pour des procédures d’asile. Nous savons ce que de telles décisions ajoutent du stress et du risque de décompensation psychique dans la situation actuelle où nombre de services officiels et bureaux de protection juridiques sont fermés ou rendus très difficiles d’accès. Ceci peut surcharger le système sanitaire dans un moment très délicat. Nous avons fait part de nos inquiétudes au médecin cantonal.

Quels sont les retours quant à la situation sanitaire et la prise en charge de la vie dans les foyers, de la question de l’hygiène et du confinement ? Nous avons eu écho de foyer où les personnes n’avaient pas suffisamment de produits d’hygiène…

Dr Javier Sanchis, responsable médical à l’Unité de Soins aux Migrants (USMi. ) UNHCR/Mark Henley

La procédure mise en place nous permet surtout d’établir un cadre aux centres et foyers pour la protection des personnes. Ce sont des recommandations que les centres adaptent en fonction de leur infrastructure et de leur taille, certains centres hébergeant jusqu’à 300 personnes. Mais c’est un cadre, et il n’y a pas de sanction. Et chaque personne applique les mesures d’hygiène différemment, évidemment… Nous continuons à travailler avec l’EVAM pour voir comment améliorer l’implémentation des mesures sanitaires et rendre aussi vivable que possible l’isolement, pour ces personnes que disposent de très peu de moyens pour passer leur temps dans leurs chambres.

La capacité des centres a-t-elle été augmentée ?

De mémoire, un seul centre a des chambres de plus de deux personnes. Les autres ont tous des chambres individuelles ou de 2 personnes, sauf pour les familles. Il n’y a pas d’abri PC dans le canton de Vaud.
Dès qu’il y a une suspicion de contamination ou qu’une personne présente des risques, après avoir été en contact avec une personne malade, il faut libérer une chambre individuelle pour permettre l’isolement. L’EVAM fournit des plateaux de nourriture pour les personnes mises en quarantaine. Celles-ci n’acceptent toutefois pas toujours cette mesure et veulent cuisiner par elles-mêmes. Il faut alors trouver des solutions qui conviennent à tous. Mais la plupart des personnes jouent le jeu.

Y a-t-il de nombreux cas?

Peu de cas ont été testés positifs (6 personnes). Comme pour le reste de la population, nous ne pouvons pas tester tout le monde, dès qu’une personne présente des symptômes, elle est considérée comme malade et encouragée à s’isoler,.

Êtes-vous en contact avec les acteurs des autres cantons pour mettre en commun les bonnes pratiques?

Nous travaillons avec un groupe intercantonal d’experts en psychiatrie, ce qui nous a permis de mettre en commun nos pratiques. Au niveau somatique, nous avons des échanges avec Genève, mais je ne sais pas pour le contact avec les autres cantons. Avec la crise, nous nous sommes concentrés sur notre canton et avons eu peu de contacts avec les autres. Et nous sommes en contact avec l’Office fédéral de la santé publique.

Unisanté accompagne également d’autres groupes de personnes vulnérables, n’est-ce pas ?

Tout à fait. Notre département s’occupe aussi des personnes sans domicile fixe. Il vient de mettre sur pied un système d’accompagnement spécifique dans le canton de Vaud, qui a commencé aujourd’hui (30 mars 2020) et s’appuie sur une collaboration avec les milieux associatifs, très inquiets. Une aile a été ouverte pour accueillir les personnes SDF présentant des symptômes et celles dont l’infection a été confirmée, afin qu’elles puissent être prises en charge dans les meilleures conditions possibles.

Et pour les personnes migrantes, collaborez-vous également avec des associations ?

Oui, nous collaborons par exemple avec Appartenance, l’un de nos partenaires principaux, ainsi qu’avec Embellimur, entre autres.

Quels seraient vos recommandations aujourd’hui pour parvenir à une situation satisfaisante au sein des lieux de vie collectifs dans cette lutte contre le coronavirus ?

Il faut informer, et adapter les recommandations d’hygiène et de distanciation sociale aux personnes migrantes en prêtant attention aux particularités de chacun, notamment leurs cultures et compréhension de la maladie. Il faut aussi tenir compte des contextes de vie des personnes migrantes, de leur histoire : elles viennent parfois d’États aux régimes dictatoriaux et n’ont pas confiance dans les institutions. Il faut donc établir voire rétablir ce lien de confiance, générer une dynamique de solidarité, assurer à ces populations précarisées qu’on ne va pas les abandonner, qu’on est tous sur le même bateau. Ce message doit être transmis avec sincérité, pas uniquement pour la forme. Nous voulons contribuer à ce que la dynamique de groupe dans les centres soit la plus inclusive et solidaire possible.

Propos recueillis par Orphée Mouthuy
Collaboration: Sophie Malka
Vivre Ensemble | asile.ch

L’USMi intervient dans sept consultations du canton de Vaud :

  • Crissier (le plus grand centre des requérants d’asile de Vaud, 340 personnes)
  • Ecublens (226 personnes)
  • Bex
  • Ste-Croix
  • Vevey
  • Béthusy
  • Yverdon

Site Internet du Département Vulnérabilités et médecine sociale (DVMS) de Unisanté ici.

A lire également: UNHCR, Une unité dédiée à la santé des réfugiés et migrants, par Tiago Pires, 12 décembre 2019


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