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SOSF | Protégeons les apprenti·e·s issus de l’asile

En ligne depuis le 20 avril 2020 - modifié le 21 avril 2020

Source: SOSF.ch

Pour Solidarité sans frontières, Marie Saulnier Bloch, Secrétaire migration d’Unia, détaille les mesures à prendre afin de protéger les apprenti.e.s, et en particulier celles et ceux au bénéfice de permis B réfugié, F et N. Une prise en considération spécifique pendant cette période de confinement due au Covid-19 est en effet nécessaire, tant sur les plans professionnel et scolaire que pour leur santé psychique.

En entretien avec Vivre Ensemble, Marie Saulnier Bloch explique que son travail au sein du syndicat vise ainsi à s’assurer que les droits des employé.e.s et les possibilités d’études à distance soient garantis, avec une attention particulière portée aux apprenti.e.s issu.e.s de l’asile. Elle souligne la nécessité de prendre en compte la diversité des situations des apprenti.e.s issu.e.s de la migration. D’une part, il ne s’agit pas uniquement de jeunes mineur.e.s, mais aussi souvent de personnes plus âgées, parfois pères et mères de famille. D’autre part, les possibilités d’accès aux services de santé psychique et physique varient selon les cantons responsables et leurs priorités, tout comme les possibilités de protection contre la contamination dépendent des secteurs d’activité, considérés comme prioritaires ou secondaires. En outre, les conditions de logement, et donc les possibilités de s’isoler pour travailler, ainsi que l’accès à un matériel informatique connecté sont sources d’inégalités et de lacunes qu’il s’agit de combler. Un accès à Internet est essentiel en cette période pour assurer le suivi des apprenti.e.s, pour la poursuite de leur scolarité, comme pour le contact avec les services et personnes capables de détecter d’éventuels troubles. Le confinement, voire l’isolement, pouvant réveiller des traumatismes, il est nécessaire d’assurer un suivi psychologique afin de soutenir les personnes dès les premiers signes.

Nous reproduisons ci-dessous l’article dans son intégralité, tel que publié en avril 2020 sur le site de SOSF.

Covid-19 et apprenti·e·s titulaires de permis B réfugié, F et N

Source: SOSF.ch

Protégeons les apprenti·e·s issus de l’asile !

Les apprenti·e·s [1] ne sont pas des travailleuse·ur·s temporaires corvéables à bas coût. Rappelons maintenant aux employeurs comme aux autorités que les apprentissages ont pour but de transmettre les connaissances et les compétences nécessaires à l’exercice d’une profession. Il est impérieux et urgent que soient mises en place des mesures concrètes de prévention et de protection de ces employé·e·s et apprenant·e·s. Une attention particulière doit être portée aux apprenti·e·s issus de la migration et de l’asile au vu de leur vulnérabilité particulière trop souvent invisibilisée. Rien ne leur a été épargné jusqu’à présent, à leurs âges elle·il·s ont déjà subi des violences inouïes. Ne les abandonnons pas, agissons pour que le mot « protection » ait un sens.

Les apprenti·e·s issus de l’asile ont plus que jamais besoin que l’effectivité de leur protection soit garantie. Leur insertion linguistique et professionnelle est non seulement la clé mais aussi la preuve de leur intégration : les autorités, sous pression du terrain, ont mis en place des mesures d’encouragement et de soutien dans lesquelles ils et elles se sont engagés. Or, la crise sanitaire actuelle provoque des répercussions sociales et économiques sans précédent : si les besoins de tous les apprenti·e·s sont criants, ils sont en effet d’autant plus graves pour celles et ceux qui font face à de multiples entraves dont, en particulier, les titulaires de permis N, F et B réfugié mineurs et jeunes majeurs récemment arrivés dans le cadre de l’asile, en (pré)apprentissage classique ainsi que préapprentissage d’intégration (PAI).

Protégeons les apprenti·e·s issus de l’asile dans le cadre de leur travail

« J’ai travaillé jusqu’à 21h hier, mon patron n’est pas là, il nous téléphone, je travaille comme 3 et rien n’est désinfecté. » (Y.)

Voilà le paradoxe des apprenti·e·s, qui ne sont considérés ni comme des salarié·e·s comme les autres, ni comme des élèves comme les autres. Leur précarité est ainsi dédoublée en temps de crise sanitaire : ils sont tout autant soumis au bon vouloir du patronat en fonction des branches et des secteurs qu’aux écoles, sans pour autant obtenir ni la garantie de leurs droits, ni la réponse à leurs besoins. Les plus précarisés d’entre eux sont sans conteste les apprenti.e.s issus de l’asile qui sont encore démunis face à cette situation.

Ainsi, de nombreuses personnes sont contraintes la peur au ventre de se rendre au travail. De même, nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui doivent accomplir des tâches non prévues dans leurs cahiers des charges et qui cumulent des heures supplémentaires, dans des conditions de travail non garanties au préalable par les organes de contrôle, notamment au regard des mesures sanitaires renforcées. En outre, plusieurs sont hébergés avec des personnes à risque, sans toutefois oser le communiquer à leur employeur par principe de subordination hiérarchique, méconnaissance des risques ou peur de perdre leur formation. Aussi, deux principes devraient être martelés, tant pour elles et eux que pour leurs collègues et leurs proches :

* Puisque la fermeture des écoles professionnelles a été décidée, l’arrêt du travail devrait l’être aussi dans les branches dites non-essentielles.
* Lorsque les employeurs maintiennent les activités (uniquement pour les secteurs et branches prioritaires) :

  1. la garantie du strict respect des normes sanitaires et de sécurité ainsi que celle du strict respect du droit du travail devraient être apportées explicitement et au cas par cas par les organes de contrôle du marché du travail après contrôle effectif de terrain.
  2. Dans l’affirmative et subsidiairement : en cas d’activités et de conditions non prévues dans le cahier des charges effectuées par les apprenti.e.s, le travail effectué devrait être rétribué et compensé en conséquence, sur la base de salaire des salarié.e.s non apprenti.e.s.
  3. A défaut de garanties validées : les apprenti.e.s devraient obtenir des autorités le droit à l’arrêt immédiat des activités professionnelles (levée de l’obligation de travailler avec maintien du salaire).

Protégeons les apprenti·e·s issus de l’asile dans le cadre scolaire

« Je suis nul, je ne comprends rien, je n’arrive pas à répondre aux questions de mon prof, mais comment faire ? » (A.)

A l’heure actuelle, nombreuses sont les personnes à ne pas avoir les moyens de répondre aux exigences des écoles. Alors que les cours et les examens sont maintenus, aucune réponse satisfaisante n’a pu être apportée à la forte fracture matérielle, numérique et économique qui touche ce public. Hier encore, un jeune apprenti en PAI, isolé dans son minuscule studio, appelait à l’aide pour répondre aux tests de son professeur alors qu’il n’a ni matériel informatique, ni support de cours adéquat. Or, apprendre seul, sans moyens techniques, sous la pression des mêmes délais est une gageure ! Dès lors, il est plus qu’urgent de transmettre ces exigences :

* la garantie de la mise à disposition immédiate de matériel d’étude et de communication pour les apprenti·e·s le nécessitant.
* La garantie de prise en considération dans l’apprentissage scolaire de l’effet de l’absence de ces éléments sur la suite à prévoir dans le cursus des apprenant·e·s.

Ces garanties devraient être apportées explicitement et au cas par cas par les écoles professionnelles, les organes cantonaux responsables de la formation post-obligatoire, avec le soutien des organes fédéraux en charge.

Protégeons les apprenti·e·s issus de l’asile des risques liés à leur santé psychique

« Je suis seul, je ne vois personne, j’ai peur de mourir dans ma chambre, je ne dors plus » (O.)

L’absence de détection et de suivi psychique adéquat des personnes ayant vécu des situations à haut potentiel traumatique est constatée depuis des années par le terrain et les institutions. Plusieurs personnes, dont les apprenti.e.s issus de l’asile, ont subi et vu subir des viols et autres tortures, exploitations, danger vitaux, angoisses de mort imminente, etc. Malgré ces parcours, avec ou sans soutien médical, celles et ceux-ci relèvent le défi de l’intégration tel que posé par les autorités, travaillent et étudient dans l’anonymat. Toutefois, de nombreux traumatismes risquent d’être réveillés par cette situation inédite. Ainsi, il est fondamental, en coopération avec les réseaux sanitaires et d’interprétariat communautaire, que soient prévues :

* la garantie de la diffusion systématique des informations sanitaires à jour dans les langues parlées par les personnes, si possible dans leurs langues d’origine.
* la mise en place d’un dispositif de soutien psychologique post-traumatique pour les apprenti.e.s issus de l’asile.
* la mise en place d’un dispositif de renforcement de la sensibilisation aux signes des troubles post-traumatiques pour les professionnels de suivi social, professionnel et scolaire des apprenti·e·s issus de l’asile.

Les apprenti·e·s issus de l’asile devraient être soutenus : seules des actions nécessaires et responsables permettront aux employeurs comme aux autorités scolaires et aux organes institutionnels de ne prétériter ni leur présent, ni leur avenir.

Marie Saulnier Bloch, Secrétaire migration d’Unia, pour Solidarité sans frontières

[1] Tant les apprenti·e·s que les préapprenti·e·s sont visés.


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