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Le Courrier | Les damnés de la mer

En ligne depuis le 9 juillet 2020

Dans l’éditorial du Courrier du 8.07 2020, Philippe Bach revient sur l’épisode de blocage en mer de l’Ocean Viking qui après avoir sauvé 180 personnes de la noyade en mer Méditerranée, a connu 11 jours d’attente pour leur permettre de mettre pied à terre. “La politique de la forteresse Europe laisse un goût de cendre dans la bouche” écrit-il. Il analyse cette politique comme davantage structurelle, propre à l’acceptation d’un libéralisme unilatéral, qui finira par “concerner tout le monde”.

“Les damnés de la mer” rédigé par Philippe Bach est l’éditorial du quotidien le Courrier publié le 8.07.2020, également sur son site.

Les damnés de la mer

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Philippe Bach

Les migrants confinés à bord de l’Ocean Viking, le navire de secours affrété par l’ONG SOS-Méditerranée, ont enfin pu débarquer en Sicile, lundi soir tard dans la nuit. Ceci après neuf jours de blocage en mer!

Il aura fallu que le capitaine du navire déclare l’état d’urgence pour que cette élémentaire décision soit prise! Il était temps. Le climat virait à l’émeute à bord du navire. Des bagarres ont éclaté. Une tentative de suicide a eu lieu. Des malheureux se sont jetés par-dessus bord dans un geste désespéré, comme le relate un journaliste de l’Agence France Presse, présent à bord du bateau.

Le contraste entre cette politique froide et la fragilité de ces migrants est saisissant. Certains ont dérivé en mer durant des jours, ont perdu des compagnons d’infortune. Ils sont épuisés physiquement et psychiquement. La réponse humaine de base serait de les secourir, de les soigner et de les aider à se reconstruire.

En lieu et place, on sent poindre une nostalgie du confinement. Ah qu’il était bon le temps du verrouillage de l’espace Schengen qui a vu une chute de 90% de l’arrivée de nouveaux réfugiés. Sans oublier que de discrètes expulsions ont tout de même eu lieu durant le confinement, même si certaines d’entre elles sont niées. Sans oublier la politique de criminalisation de celles et ceux qui ne se résignent pas à accepter ces dérives.

Consternant pour ne pas dire dégoûtant. Cette politique de la forteresse Europe laisse un goût de cendres dans la bouche. Elle traduit un effondrement. Celui d’une Europe incapable de se donner des priorités humainement dignes. On l’a vu sur d’autres sujets, comme lorsqu’il s’est agi de mettre économiquement la Grèce à genoux, ou lorsque les priorités sanitaires pour faire face au Covid-19 ont peiné à émerger.

Cet échec, qui va jusqu’à menacer l’édifice européen, n’est pas qu’institutionnel. Il est aussi politique et moral. Lorsqu’une Angela Merkel a tenté de donner une autre réponse qu’autoritaire à la crise migratoire, elle n’a guère été soutenue. L’extrême droite a avancé ses pions avec la complicité des formations bourgeoises traditionnelles.

Le libéralisme invoqué par ces formations est à sens unique. Il vise surtout à s’assurer des prébendes. C’est bien le capital qui doit circuler, éventuellement des bras privés de droits. Mais les libertés, politiques ou syndicales, sont, elles, noyées dans la Méditerranée en même temps que ces malheureux. A terme, ce naufrage concernera tout le monde, même si actuellement, ce sont les damnés de la mer qui en paient le prix.


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