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École à distance | Le tutorat, un maillon plus nécessaire que jamais

En ligne depuis le 20 octobre 2020 et publié dans

L’accompagnement individualisé de l’association Reliance a été déterminant pour maintenir un lien social avec certaines familles, enfants et jeunes fortement précarisé·e·s et maintenir le lien avec l’école durant le confinement.« Avec cinq enfants, la maman de Matthieu était totalement débordée, elle n’a pas réussi à ouvrir les mails contenant les devoirs de son fils aîné. J’ai donc appelé l’enseignant qui me les a transférés. J’imprimais le tout et déposais les documents dans la boîte aux lettres de la famille. Matthieu faisait ses devoirs et me les transmettait en prenant des photos de son travail avec son smartphone. Ensuite nous retravaillions ensemble les points sur lesquels il avait rencontré des difficultés. C’était très compliqué d’organiser le travail avec lui, car au départ il faisait preuve de peu de motivation».

Sur ce constat, la tutrice de Reliance a téléphoné chaque jour à son « tutoré » afin de s’assurer qu’il travaillait régulièrement et qu’il rende les devoirs dans les délais. À la reprise de l’école en mai, l’enseignant a indiqué à la tutrice que Matthieu était la bonne surprise du confinement. «Dans ma classe, il est celui qui a le mieux travaillé durant cette période ». Alors que son avenir semblait incertain, les efforts de Matthieu ont été récompensés avec une admission à la rentrée au Centre de formation préprofessionnelle (CFPP) et il envisage un CFC.

Durant cette période inédite de confinement, avec la fermeture des établissements scolaires et centres de formation, certaines familles, des jeunes et des enfants se sont retrouvé·e·s fortement isolé·e·s. La mission principale de Reliance étant de tisser des liens, de construire une relation stable et durable entre un jeune et un adulte, il s’agissait de poursuivre efficacement cet accompagnement individualisé auprès des plus démuni·e·s. Des adaptations ont certes été nécessaires, mais, à la grande satisfaction de l’association, les tutorats sont majoritaire- ment restés actifs. Les tuteurs et tutrices de Reliance se sont mobilisé·e·s afin d’incarner davantage encore leur rôle à l’interface école-famille-société.

Concrètement, leur présence a permis aux apprentissages scolaires de se poursuivre et ainsi de limiter les décrochages. Avec leur appui, plusieurs jeunes et enfants ont même montré une motivation accrue et se sont davantage préoccupé·e·s de leurs études. À cet égard, les tuteurs et tutrices ont fait preuve d’imagination pour garder le contact. L’une a eu l’idée de lire chaque jour un nouveau chapitre d’un livre de l’enregistrer et de l’envoyer par WhatsApp. Une autre a indiqué:

«J’étais heureuse de converser avec Solal tous les jours, pour parler de la vie, un peu du travail scolaire et aussi lui rappeler les règles à respecter… Le civisme, l’écoute active et le sourire valent tout autant…»

MATTHIEU A ÉTÉ LA BONNE SURPRISE DU CONFINEMENT

Tutrices et tuteurs ont constitué une véritable courroie nécessaire pour l’échange d’informations entre l’école, la famille et les jeunes.

«Malgré les circonstances, je me suis rendue, chez Ygor et j’ai expliqué à sa maman le contenu des fiches à faire. Certaines contenaient trop de texte. Nous avons convenu que je lirai au téléphone, plusieurs fois dans la semaine, l’histoire donnée par la maîtresse et que j’y retournerai si nécessaire».

Certain·e·s sont intervenu·e·s pour expliquer aux parents que les enfants n’étaient pas en vacances et la nécessité de les mettre au travail. D’autres ont prêté un laptop, une tablette ou des livres permettant ainsi la poursuite des apprentissages.

«La famille H. n’avait pas d’ordinateur. Au début, les enseignantes communiquaient par téléphone. C’était chaotique, les enfants ne comprenaient pas les instructions, de plus ils n’avaient pas accès au matériel en ligne. J’ai donc contacté les enseignantes. Nous avons mis en place des stratégies pour assurer le suivi. J’ai prêté mon ancien ordinateur à la famille. Les enseignantes m’envoyaient le matériel par courriel chaque semaine. Je pouvais ainsi informer, guider les enfants dans leurs activités. Je réalisais une vidéoconférence chaque après-midi avec les enfants pour les aider à organiser leur travail. Je faisais, ensuite, un retour sur le déroulement de la semaine aux enseignantes».

Durant cette période les tuteurs et tutrices ont très souvent été le rare lien «institutionnel».

«La maman s’est sentie débordée, incapable de suivre les devoirs. Reliance m’a indiqué que si les mesures sanitaires étaient scrupuleusement respectées, je pouvais me rendre dans la famille de Kilian. J’ai donc poursuivi en présentiel. Les séances étaient rythmées par la planification de son travail, les notions à revoir. J’ai aussi souhaité insister sur les moments d’échanges, sur ses émotions, ses questions, ses peurs, moments de rires et quelquefois de larmes aussi. Si le travail sur les apprentissages a été efficace, c’est celui de l’estime de soi et une confiance restaurée qui me semblent avoir été le plus important

De retour en classe, l’enseignante a observé que Kilian semblait plus responsable et plus motivé, plus concentré et au bénéfice d’une meilleure écoute.

«Avancer ensemble, établir des objectifs, être capable de questionner, faire preuve d’empathie, mais avant tout être présent, être à l’écoute». La mission de Reliance a pris tout son sens durant la période de confinement. Même si des effets néfastes liés au confinement ont été observés – prise de poids due à l’inactivité ou une moins bonne locution due au manque de pratique du français – la présence des tutrices et des tuteurs a joué un rôle déterminant pour certain·e·s enfants et jeunes pour garder le lien avec l’école.

NADIA BAEHLER

Illustration: Ambroise Héritier

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