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Le système «D» chamboulé. Les actes invisibles de solidarité révélés par la crise sanitaire

En ligne depuis le 26 novembre 2020 et publié dans - modifié le 24 novembre 2020

L’impossibilité des rencontres imposées par la crise sanitaire a poussé les associations, notamment celles actives sur le terrain des migrations, à faire preuve de créativité pour réinventer le soutien proposé à leurs usager·ère·s. Leur engagement a mis en lumière toute l’importance du lien social créé en temps ordinaire. Un lien nécessaire pour lutter contre l’isolement, et maintenu autant que possible malgré la fermeture de nombreuses structures.

Illustration : Ambroise Héritier

Qu’elles soient actives dans la formation et l’accueil de personnes migrantes, le conseil juridique ou l’accompagnement administratif et social, chaque association a dû repenser ses pratiques. Face à un public non francophone, il a fallu redoubler d’adresse pour maintenir le contact et diffuser les informations importantes. Cours, ateliers et réunions à distance ont alors fleuri sur différentes plateformes web. L’absence de rencontre et la modification du quotidien avec ses arrangements informels a néanmoins pesé lourd dans une balance à l’équilibre perturbé.

Le système D est monnaie courante au sein de nombreuses associations qui accompagnent avec les moyens du bord une population dont les conditions de vie et de séjour n’ont de cesse de se précariser. Parfois bien au-delà de leur mandat. La période de crise sanitaire a mis le doigt sur tous ces actes invisibles. Ici, une personne touche régulièrement un peu d’argent en échange d’un travail effectué pour l’association. Là, une autre peut profiter des repas préparés pour les invités du centre. Une autre encore frappe à la porte du bureau santé-social chaque semaine pour se faire lire et préciser les courriers de différentes instances officielles. Pour certain·e·s, ces détails sont devenus des piliers. Hors de ce quotidien bien rôdé, comment continuer à soutenir, à rémunérer pour un travail devenu impossible, à offrir des repas qui ne sont plus préparés faute de visite, à expliquer des courriers faute de rencontre ? À qui parler quand on vit seul.e et que les contacts sociaux résidaient principalement dans la fréquentation de ces lieux d’accueil ? Autant de ressources remises en question par la crise et qui ont pu mettre à mal l’équilibre social et mental de tout un pan de la population.

Certaines personnes ont perdu leur emploi, leur revenu, leur lieu de vie durant ce printemps. D’autres se sont retrouvées dans une promiscuité extrême et ont souffert de la faim. De nombreuses structures ont tout mis en œuvre pour palier au plus urgent, offrir de l’aide alimentaire, demander des fonds pour éviter les expulsions liées aux loyers impayés, proposer des lieux pour les personnes sans domicile (ceux habituellement fréquentés étant fermés), soutenir, épauler. Suivi téléphonique, explications de courriers à distance, visite et courses livrées à domicile pour les individus à risques, l’ampleur de la tâche était de taille. Que ce soit dans une mobilisation à grande échelle ou dans les gestes les plus simples, les associations ont tenté de mille manières de maintenir le lien.

Anouk Piraud


LA NÉCESSITÉ DU LIEN

Grâce à des gestes simples, Emily a pu garder la tête hors de l’eau

L’exemple d’Émily vient nous convaincre de l’importance de l’engagement des associations de terrain. Et de sa pertinence. Car si, aujourd’hui, la situation continue d’être lourde et incertaine pour de nombreux foyers, on sait qu’il faudra continuer à redoubler de vigilance pour éviter qu’il y ait davantage d’oublié·e·s.

Émily souffre de problèmes de santé importants, elle a peu d’énergie et son moral est faible. En temps normal, elle fréquente plusieurs associations pour se former et pratiquer les activités qu’elle aime. Isolée, elle tisse dans ces lieux les principaux liens sociaux qui rythment ses semaines. En attente d’une autorisation de séjour depuis une dizaine d’années suite à la perte de son emploi puis de son permis, elle bénéficie d’une aide extrêmement restreinte de l’Hospice général. Une aide qui ne peut assurer le niveau de vie, pourtant pas mirobolant, qu’elle avait au moment où elle se trouvait encore en situation régulière. Le barème de l’institution ne couvre pour ainsi dire que ses frais fixes, et lui laisse une très faible autonomie financière pour se nourrir. Les associations qu’elle fréquente l’aident régulièrement, l’une avec la distribution de paniers de légumes, l’autre en lui offrant des repas préparés dans les ateliers cuisine de son lieu de formation. Un équilibre précaire qui lui permet de tenir moralement et de manger à peu près à sa faim. Jusqu’au confinement. Les lieux ont dû fermer, les programmes ont été annulés. L’équilibre précaire s’est délité.

Nous sommes au début de la période de semi-confinement. Profondément déprimée, elle a payé ses factures de téléphonie et n’a plus les moyens de s’acheter à manger. Il lui reste d’autres frais à payer, mais impossible. Elle panique à l’idée de se trouver mise en poursuites car cela compromettrait l’obtention de son permis de séjour. L’histoire se répète. Payer ses factures de téléphone peut sembler futile face au besoin de se nourrir. Mais il s’agit du lien qui lui reste avec les siens restés au pays et de sa solution pour lutter contre l’isolement. La perte des activités rythmant son quotidien la déprime et l’isole davantage. Elle n’a pas entendu parler des distributions d’aides alimentaires. De toutes façons, sa santé ne lui aurait pas donné l’énergie d’attendre des heures dans cette file d’attente, ni même l’envie de s’exposer à ce virus «qui flotte dans l’air». Non. Ici, juste la faim et une profonde dépression.

Émily, après un temps nécessaire à l’ajustement du travail des structures qu’elle fréquentait, a reçu l’attention adaptée à sa situation. Suivi téléphonique, contact et mise en lien avec différents partenaires sociaux, livraison de courses lui ont permis de ne pas sombrer. Si l’accompagnement résidait principalement dans l’écoute et la disponibilité, des gestes tout simples, un contact proactif a été indispensable, sa santé psychique l’aurait probablement retenue de solliciter de l’aide. L’obtention de son permis de séjour, qu’elle espérait depuis des années et qui lui a été annoncé par sa juriste à l’issue du confinement, lui permettra enfin de sortir de l’impasse dans lequel elle se trouvait et de se sentir actrice de sa vie.

ANOUK PIRAUD


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