Burundi | Appel à se rassembler contre les renvois
Le collectif des Burundais en Suisse dénonce la reprise, depuis 2025, des renvois forcés de demandeur·euses d’asile vers le Burundi. Le collectif cible notamment des actions de renvoi en contradiction avec les propres déclarations des autorités suisses, qui se disent préoccupées par la situation au Burundi et reconnaissent des violations graves des droits humains dans le pays. Face à l’échec des tentatives de dialogues avec les autorités, le collectif des Burundais en Suisse, soutenu par le collectif Droit de Rester Vaud, organise un rassemblement devant les bureaux de la conseillère d’Etat Isabelle Moret, le vendredi 6 février 2026, pour protester contre les renvois vers le Burundi. Trois témoignages viendront compléter cette mobilisation en marge de la manifestation.
Cet appel à manifester s’inscrit dans un contexte plus large de contestations des politiques et pratiques vaudoises en matière d’asile. En fin d’article, retrouvez communiqués et appels qui thématisent et dénoncent les conditions d’accueil ainsi que les renvois.
©Image d’illustration: Photo de Sweder Breet sur Unsplash.
A lire également: Fin décembre 2025, l’Observatoire romand du droit d’asile et des étranger·ères a pris acte des premiers renvois forcés vers le Burundi, alors même que de nombreux rapports, comme le relève l’organisation, s’y opposent.
Nous relayons ci-dessous le communiqué de presse et l’appel à manifester du collectif des Burundais en Suisse et de Droit de rester Vaud.
Invitation à un rassemblement contre les renvois vers le Burundi
Communiqué de presse
Rassemblement: le 06 février 2026 à 14h00 devant les bureaux de Madame Isabelle Moret, Conseillère d’État en charge de la migration. Rue Caroline 11, 1003 Lausanne
Le Collectif des Burundais en Suisse et Droit de Rester Vaud organisent un rassemblement devant les bureaux de Madame Isabelle Moret afin d’établir un dialogue sur l’impossibilité des renvois de la Suisse vers le Burundi. Cette action fait suite à l’absence de réponse à une lettre demandant une rencontre sur la question. Les médias sont invités à couvrir le rassemblement. En plus des prises de parole, un·e représentant·e du collectif des Burundais·es sera disponible pour des interviews à l’issue des discours.
Cette mobilisation, initiée par le collectif des Burundais·es du canton de Vaud, s’inscrit dans un contexte marqué par des renvois forcés, la peur et l’incompréhension des personnes concernées. Plusieurs renvois ont été tentés, certains ont abouti, malgré des cas documentés de torture et de mauvais traitements au Burundi.
Cette manifestation fait suite à l’échec de nos tentatives de dialogue avec les autorités compétentes. Malgré de nombreuses démarches, la Mme Isabelle Moret n’a jamais répondu à nos sollicitations. Soutenu par le collectif Droit de Rester, cet appel invite citoyen·nes, organisations, syndicats et collectifs à se mobiliser afin d’exiger une rencontre et l’installation d’un dialogue avec les autorités.
En marge de la manifestation, trois témoignages particulièrement poignants seront présentés :
- Celui d’un ressortissant burundais qui a été détenu dans la prison de Frambois (Genève) pour but d’un renvoi forcé, qui a ensuite échappé de justesse à une expulsion.
- Celui d’un autre ressortissant burundais, qui partagera son parcours personnel et la réalité douloureuse de la situation des personnes déboutées de l’asile en Suisse.
- Enfin, le témoignage d’un ancien haut cadre de l’État burundais, Président de la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH), qui a lui aussi échappé de justesse aux persécutions et a trouvé refuge en Suisse en 2025.
Nous exigeons des autorités suisses qu’elles:
- Suspendent immédiatement tous les renvois forcés envisageables vers le Burundi.
- Reconnaissent que le Burundi n’est pas un pays sûr et appliquent une présomption de risque pour ses ressortissants demandeurs d’asile.
- Respectent scrupuleusement le principe de non-refoulement (article 33 de la Convention de Genève) et les autres engagements internationaux de la Suisse.
- Garantissent un réexamen équitable de toutes les demandes d’asile des Burundais déboutés, à la lumière de la situation réelle du pays.
- Mettent fin à la détention administrative des demandeurs d’asile burundais en attente de renvoi.
Lausanne, février 2026: Un collectif d’organisations de défense des droits humains et la communauté burundaise en Suisse dénonce avec la plus grande fermeté la reprise des renvois forcés de demandeurs d’asile vers le Burundi. Ces expulsions, dont les premières ont eu lieu en 2025, violent le principe fondamental de non-refoulement et ignorent la situation catastrophique des droits humains dans ce pays, pourtant documentée par les instances internationales et reconnue par la Suisse elle-même. Alors que des familles et des personnes vulnérables vivant notamment dans le canton de Vaud font actuellement l’objet de décisions de renvoi, la Suisse persiste à exposer des êtres humains à des risques graves, réels et prévisibles pour leur sécurité, leur intégrité physique et leur santé psychique.
Malgré des risques graves et avérés, les autorités suisses ont procédé à plusieurs expulsions. En 2025, au moins trois ressortissants burundais ont été renvoyés de force depuis la Suisse. D’autres renvois ont été envisagés ou préparés depuis, notamment par le biais de convocations administratives liées au départ.
Ces décisions interviennent alors même que les autorités disposent d’informations précises et actualisées sur les dangers encourus par les personnes renvoyées. Plusieurs cas documentés font état de détentions arbitraires, d’interrogatoires violents et de mauvais traitements infligés dès l’arrivée à l’aéroport international de Bujumbura, confirmant le caractère prévisible des risques liés à ces expulsions.
Le Burundi, depuis la crise politique déclenchée en 2015 par la candidature contestée du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, demeure le théâtre de violations systématiques des droits humains. Malgré les changements institutionnels annoncés depuis lors, la situation ne s’est pas améliorée de manière significative.
Le régime en place, appuyé notamment par la milice du parti au pouvoir, les Imbonerakure, est régulièrement accusé d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées, d’actes de torture et d’emprisonnements arbitraires visant les opposants politiques, les défenseurs des droits humains, les journalistes et toute voix dissidente. Ces violations persistantes ont provoqué un exode massif, contraignant des milliers de Burundaises et de Burundais à fuir vers les pays voisins et au-delà, notamment vers la Suisse. Les rapports récents des Nations Unies et de la société civile confirment que les personnes revenant d’exil sont particulièrement ciblées et exposées à des représailles immédiates.
La position actuelle de la Suisse est en totale contradiction avec ses propres déclarations et analyses antérieures. En 2015 déjà, les autorités suisses se disaient « très préoccupées » par la situation au Burundi, appelant au respect de la Constitution et des droits humains et exprimant leur « profonde inquiétude » quant aux risques pesant sur la paix et la stabilité du pays.
Plus récemment encore, en 2025, la Suisse a reconnu devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies la persistance de violations graves des droits humains au Burundi, notamment des disparitions forcées, des détentions arbitraires, des actes de torture et des exécutions extrajudiciaires.
Aujourd’hui pourtant, en procédant à des renvois forcés, la Suisse semble ignorer ses propres mises en garde ainsi que les conclusions des mécanismes internationaux de protection des droits humains, s’exposant ainsi à une violation manifeste de ses obligations internationales. Cette contradiction est d’autant plus frappante au regard de l’intervention du Représentant suisse au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, le 24 novembre 2025 à Genève, sur la situation au Burundi.
Pour rappel, le gouvernement burundais refuse toujours l’accès au Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme au Burundi et a mis fin à la présence du Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme depuis 2019. Ce refus persistant de coopération constitue un signe alarmant du manque de transparence et de volonté de réforme des autorités burundaises, un constat que la Suisse elle-même a reconnu publiquement.
Dans ce contexte, toute décision de renvoi vers le Burundi revient à exposer sciemment des personnes à un risque élevé de persécutions, en contradiction directe avec les principes fondamentaux du droit international humanitaire et de la protection des réfugiés.
Une Commission d’enquête de l’ONU a établi qu’il existait des « motifs raisonnables de croire que des crimes contre l’humanité ont été commis » depuis avril 2015.
Pour rappel : Le Principe de non-refoulement est la pierre angulaire du droit international en matière d’asile.