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Notre regard

Projections & débats | Entre inclusion et exclusion. Quand les réfugié·es se racontent

Wegahta Sereke

De courtes vidéos réalisées par des réfugié·es érythréen·nes vivant en Suisse seront projetées lors de cafés-débats au printemps 2026 dans onze villes du pays. Chaque projection sera suivie d’une discussion réunissant des réfugié·es, des habitant·es, des professionnel·les du social ou travaillant avec des personnes issues de la migration, des employeur·euses ainsi que des représentant·es des bureaux de l’intégration. L’objectif sera d’échanger autour des expériences vécues en matière d’inclusion et d’exclusion que les films donnent à voir.

Dès mars 2026, les vidéos seront présentées lors d’événements publics organisés dans des cafés à Aarau, Berne, Coire (Grisons), Genève (25 mars), Heerbrugg/Saint-Gall, Lausanne (entre le 17 et 23 mars), Lucerne, Lugano (25 avril), Neuchâtel (23 avril) et Zurich, avec le soutien d’associations locales, d’universités et de bureaux d’intégration. De plus amples détails concernant les dates et les lieux seront disponibles sur le site asile.ch, où seront également mises en ligne les vidéos. Si vous êtes une association et souhaitez organiser une projection, contactez sereke.wegahta@usi.ch

Ces rencontres s’inscrivent dans le cadre du projet Agora Favoriser l’inclusion des réfugiés : narration et dialogue [1]Le projet est dirigé par la professeure Jolanta Drzewiecka de l’Università della Svizzera italiana (USI) et géré par la Dre Wegahta B. Sereke est financé par le Fonds national suisse (FNS). Il encourage l’échange et la sensibilisation du public aux défis auxquels les personnes réfugiées sont confrontées dans leur vie quotidienne : exclusion, obstacles structurels, précarité et inégalités d’accès aux ressources. Il s’appuie sur ma thèse de doctorat intitulée « Nous sommes comme un point noir sur une feuille blanche : pouvoir, résistance et émotions dans les négociations d’inclusion et d’exclusion des migrant·es forcé·es » [2]Dre Wegahta B. Sereke, « We Are Like a Black Dot Dropped on a White Paper : Power, Resistance and Emotions in Negotiations of Inclusion and Exclusion by Forced Migrants », ss supervision du Prof. … Lire la suite.

À partir d’entretiens approfondis avec 65 réfugié·es érythréen·nes vivant en Suisse, ma recherche a examiné comment les personnes venant de la migration forcée gèrent les différences culturelles et les exclusions systémiques dans des contextes interpersonnels et institutionnels.

Les résultats montrent que les différences culturelles génèrent des malentendus et des perceptions erronées sur les lieux de travail, dans les services sociaux et dans les espaces publics. Ils montrent aussi que la dépendance à l’aide sociale est rarement volontaire, mais résulte de multiples contraintes, notamment la non-reconnaissance des qualifications, l’accès limité à la formation et à l’emploi, les limites d’âge pour l’apprentissage, l’insécurité du statut juridique et un accès limité à l’information. La recherche met également en évidence les difficultés à établir des liens significatifs avec la population locale et les effets du racisme quotidien sur le sentiment d’appartenance des participant·es.

Projet Agora

Les connaissances acquises à travers cette recherche m’ont conféré des responsabilités qui vont au-delà de la publication académique. Au cours des entretiens, les participant·es ont partagé des aspects intimes de leurs expériences et de leurs connaissances qui, autrement, seraient demeurés inaccessibles. Ils et elles étaient confiant·es dans le fait que leurs difficultés étaient reconnues et prises au sérieux. Cette ouverture d’esprit était liée à ma position en tant que femme réfugiée érythréenne et chercheuse doctorante, une position que beaucoup de participant·es n’avaient jamais rencontrée ou imaginée comme pouvant être occupée par des réfugié·es. Ma présence a suscité un mélange d’incrédulité, d’espoir, de vulnérabilité et un désir de s’exprimer ouvertement, dans l’espoir que ce qui serait partagé atteindrait celles et ceux à même d’écouter et d’agir. Comparé à d’autres, je me considère comme une réfugiée privilégiée, ayant eu accès à l’éducation, à des opportunités professionnelles et à des plateformes universitaires refusées à d’autres en raison de la situation en Érythrée et plus tard, d’obstacles structurels en Suisse. Utiliser ces connaissances principalement pour faire avancer ma carrière universitaire suscitait en moi un sentiment de culpabilité. M’arrêter là me semblait problématique.

Projet Agora

De là est né le projet Agora. Son objectif est de rendre ces connaissances accessibles au-delà du monde universitaire et de sensibiliser le public. Agora adopte une approche créative, participative et responsabilisante du storytelling numérique. Les 25 réfugié·es participant·es, venant des quatre coins de la Suisse, ont appris à écrire, enregistrer et monter des vidéos de trois à quatre minutes racontant leur propre histoire avec leurs propres mots. Des ateliers de trois jours, organisés à Olten, Genève et Lugano, ont été animés par la cinéaste Alexandra Darcy et le spécialiste en communication Kuno Schlaefli. Malgré leur expérience limitée en matière de montage vidéo ou d’informatique, toutes et tous ont réussi à produire leur propre récit numérique. Beaucoup ont décrit ce processus comme valorisant, notamment pour acquérir de nouvelles compétences et partager des expériences longtemps restées inconnues. Les participant·es conservent la propriété de leurs histoires filmées et participent aux décisions concernant la manière et le lieu où elles seront diffusées. Les récits traitent des expériences de racisme et de négligence institutionnelle, des obstacles à l’indépendance liés à des contraintes juridiques et structurelles, du rôle de la solidarité et des amitiés dans la promotion de l’inclusion, de la persévérance dans la vie quotidienne et des formes conflictuelles d’appartenance façonnées par le déplacement et les aspirations à participer à la vie du pays d’accueil.

29 mars 2026 – Thusis
Obere Stallstrasse 14, Thusis

  • 11h30 – Courts métrages réalisés par des Érythréens vivant en Suisse, suivis d’une discussion
  • 13h00 – Repas festif érythréen, avec le soutien de l’association Offene Viamala et de l’association Gezana (Lausanne)
  • 15h30 – Concert – Faytinga

16 avril 2026 – Lugano
Università della Svizzera italiana, à partir de 17h30
22 avril 2026 – Neuchâtel en collaboration avec le nccr-on the move
Bleu Café, Faubourg du Lac 27, 2000 Neuchâtel, à partir de 18h30
29 mai 2026 – Coire

En collaboration avec l’Amt für Migration und Zivilrecht Graubünden – Fachstelle Integration

  • 19h30 – Bar Betrieb, entrée libre – chapeau

Planaterrastrasse 11, 7000 Coire
13 juin 2026 – Berne
Polit-Forum Bern, Marktgasse 67, 3011 Berne | Heure à confirmer
20 ou 21 juin 2026 – Soleure
En collaboration avec Frabina | Lieu et heure à confirmer
Septembre ou octobre 2026 – Zurich

en collaboration avec l’Ethnographisches Museum der Universität Zürich | Date précise et lieu à confirmer
Septembre ou octobre 2026 – Heerbrugg

En collaboration avec Rheintal – septembre ou octobre 2026 | Date précise et lieu à confirmer
Septembre 2026 – Aarau

En collaboration avec Verein Netzwerk Asyl Aargau | Date précise et lieu à confirmer

Notes
Notes
1 Le projet est dirigé par la professeure Jolanta Drzewiecka de l’Università della Svizzera italiana (USI) et géré par la Dre Wegahta B. Sereke est financé par le Fonds national suisse (FNS
2 Dre Wegahta B. Sereke, « We Are Like a Black Dot Dropped on a White Paper : Power, Resistance and Emotions in Negotiations of Inclusion and Exclusion by Forced Migrants », ss supervision du Prof. Jolanta Drzewiecka, Università della Svizzera italiana, 2024.DOI