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Documentation

Utopia 56 | L’ex-directeur de Frontex sous enquête pour crime contre l’humanité et crime de torture

En avril 2024, Utopia 56 et la Ligue des Droits de l’Homme déposaient plainte contre Fabrice Leggeri, directeur de Frontex entre 2015 et 2022 et actuel eurodéputé du Rassemblement national, pour complicité de crime contre l’humanité et crime de torture. Deux ans plus tard, après un recours en appel suite au refus d’un juge d’enquêter, la cour d’appel de Paris a confirmé l’ouverture d’une enquête. Un juge d’instruction va être saisi. L’agence Frontex, notamment sous le mandat de Fabrice Leggeri, a participé à financer les actions et la formation des gardes-côtes libyens et grecs, tout en connaissant leurs liens avec les réseaux criminels de traite des êtres humains.

Nous relayons ci-dessous le communiqué de presse d’Utopia 56 à propos des actualités dans l’affaire qu’elle a porté avec la Ligue des Droits de l’Homme.

Une enquête ouverte contre un eurodéputé du RN pour complicité de crime contre l’humanité et torture suite à une plainte d’Utopia 56 et de la LDH

Communiqué de presse | 26 mars 2026

En avril 2024, Utopia 56 et la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) déposaient plainte contre Fabrice Leggeri pour complicité de crime contre l’humanité et crime de torture. Deux ans plus tard, après un recours en appel suite au refus d’un juge d’enquêter, la cour d’appel de Paris a confirmé l’ouverture d’une enquête. Un juge d’instruction va être saisi.

Fabrice Leggeri, actuellement eurodéputé du Rassemblement national aux côtés de Jordan Bardella, est aussi l’ex-patron de Frontex qu’il a dirigée de 2015 à 2022 (l’agence européenne chargée du contrôle et de la gestion des frontières extérieures de l’espace Schengen). C’est dans le cadre de ces fonctions qu’il aurait permis de fournir les moyens financiers, matériels et humains aux gardes-côtes grecs et libyens.

Plus de 34 416 femmes, hommes et enfants sont morts en Méditerranée depuis 2014 (un chiffre largement sous-dimensionné puisqu’il ne représente que les personnes retrouvées).

Ces morts sont la conséquence directe des politiques et pratiques de dissuasion mises en place par l’agence européenne de garde-frontières Frontex, l’Union européenne et ses États.

Les violences documentées aux frontières font état d’homicides, de tortures, d’esclavage, de séquestration arbitraire, de viols, de refoulements illégaux et de non-assistance en mer: déployées de manière systémique, ces pratiques relèvent de crimes contre l’humanité.

De nombreuses enquêtes journalistiques et des rapports d’ONG internationales témoignent de ces violences. Personne ne peut dire “qu’il ne savait pas” alors que les images d’enfermement et de torture en Libye ont circulé et que les témoignages de survivants se multiplient.

L’agence Frontex, notamment sous le mandat de Fabrice Leggeri, a participé à financer les actions et la formation des gardes-côtes libyens et grecs, tout en connaissant leurs liens avec les réseaux criminels de traite des êtres humains.

Frontex a également participé à des refoulements illégaux, en fournissant par exemple la géolocalisation d’embarcations en détresse en Méditerranée, comme en témoigne l’ONG Pilotes Volontaires.

D’autres organisations non gouvernementales en mer témoignent régulièrement des agissements des gardes-côtes européens encore aujourd’hui. Récemment, le bateau sur lequel se trouvaient les gardes-côtes libyens lorsqu’ils ont tiré sur l’Ocean Viking (un navire de secours humanitaire de SOS Méditerranée) s’avérait être un patrouilleur offert par l’Italie dans le cadre de la coopération entre l’Union européenne et les gardes-côtes libyens.

En tant que directeur de Frontex pendant sept ans, et profitant de moyens colossaux, Fabrice Leggeri a joué un rôle central dans l’élaboration d’une Europe forteresse, au détriment des droits et du respect de la vie humaine. S’il a finalement démissionné de ses fonctions de directeur de l’agence fin 2022 face aux risques d’ouvertures d’enquête interne, il est aujourd’hui toujours actif dans la mise en place de politiques répressives qui bafouent les droits humains.

Depuis juin 2024, il est en effet eurodéputé pour le Rassemblement national. Il avait été inscrit en troisième position sur la liste du parti.

Il participe en ce moment même activement à l’élaboration des différents textes du fameux “règlement retour” – une directive qui vient compléter le “Pacte asile immigration” et renforcer la politique de surveillance, d’enfermement et de renvoi des personnes exilées.

Ce jeudi 26 mars, un nouveau vote a lieu en plénière au Parlement européen concernant ce “règlement retour” largement soutenu par les groupes de droite et d’extrême droite. Ce texte vise à durcir radicalement le système européen d’expulsion des personnes étrangères en augmentant la durée d’enfermement (jusqu’à deux ans), en renforçant le fichage et la surveillance, et en autorisant le renvoi dans des pays “dits sûrs”.

Crédits image: jc Qi sur Pixels.