Emploi | Sont-ils ou elles qualifié·es?
Laurine Jobin
Une idée reçue voudrait que les personnes issues de l’asile arrivent en Suisse sans véritable qualification leur permettant d’exercer un métier en Suisse. Il est vrai que le niveau d’exigences suisse est élevé, le système de formation et d’apprentissage réglementé. Mais il est aussi vrai que nombre d’entre elles ont déjà des expériences et qualifications, acquises dans leur pays d’origine, sur le chemin de l’exil ou une fois en Suisse. Un grand nombre de personnes qui ont fui leur pays l’ont fait durant leur formation ou l’exercice d’une activité professionnelle. Selon les autorités, 90% des personnes nouvellement arrivées de plus de 16 ans recensées en 2024 présentaient un potentiel d’employabilité et/ou d’aptitude à la formation.
Autrement dit, non, les personnes relevant du domaine de l’asile ne sont pas par défaut non qualifiées. Dans leurs pays d’origine, il y a des universités, des écoles professionnelles, des secteurs où les personnes apprennent «sur le tas», ce qui équivaut en Suisse à une sorte de formation professionnelle. En Suisse, c’est au niveau de la reconnaissance des diplômes (étrangers) que se mesurent les obstacles à la poursuite du parcours professionnel ou de formation. Des obstacles qui entretiennent l’idée reçue d’absence de qualification.
Ce stéréotype conduit à une discrimination de facto d’un large public et à son exclusion du marché du travail. Alors que la loi l’autorise à travailler.

Concrètement: une personne avec un permis relevant du domaine de l’asile (B, F, N ou S):
- peut avoir suivi une formation dans son pays d’origine
- peut avoir suivi une formation en Suisse
- peut avoir suivi toute sa scolarité et sa formation en Suisse : un·e enfant né·e en Suisse hérite du permis de ses parents
- a beaucoup de ressources!
Un permis renseigne sur la nature de la venue de la personne en Suisse. Il ne donne aucune information sur la manière dont elle répond aux exigences du marché suisse du travail, sur ses qualifications, ses compétences, son caractère et ses connaissances de la Suisse.
S’intéresser au profil de la personne avant son permis est un réflexe qui peut s’avérer prometteur, tant pour l’entreprise que le ou la candidat·e et permettra de ne pas passer à côté des qualifications d’un talent potentiel pour son entreprise.
asile.ch/emploi
Dans notre rubrique Réfugié·es & emploi retrouvez nos nouvelles pages visant à déconstruire certaines idées reçues autour des qualifications des personnes réfugiées. Vous y trouverez des explications, de la documentation, des témoignages d’employeurs et employées, des ressources, des adresses permettant de répondre aux doutes pouvant émerger lors d’un recrutement.
Une étude menée à Genève a montré qu’avant d’arriver en Suisse, les deux tiers des personnes…
- avaient achevé une formation postobligatoire
- n’avaient pas dépassé l’école primaire
- n’avaient jamais été scolarisées
Les 2/3 ont terminé une formation post-obligatoire!
Une étude, menée auprès de 700 hommes et femmes vivant à Genève au bénéfice de permis F ou B réfugié·es, a montré que près de 45 % ont achevé de hautes études ou une formation professionnelle. Et plus des trois quarts ont terminé l’école obligatoire (fin du secondaire 1). Seules 5% des personnes concernées disent n’avoir pas été scolarisées.
!! Cela ne signifie pas que ces dernières n’ont pas d’expérience ou de compétences. Quel que soit leur niveau d’études, toutes ont développé des compétences de vie – ou « soft skills » – toujours plus recherchées par les entreprises et institutions.

Pour aller plus loin, lire sur asile.ch/emploi
- Des qualifications acquises dans leur pays d’origine
- Des qualifications acquises en Suisse
- Pas de formation, pas de compétence?