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Notre regard

Myanmar | La persécution des Rohingyas, un drame oublié

Jean-Michel Genet | asile.ch

Le 30 septembre 2025, une conférence de haut niveau consacrée à la situation des Rohingyas s’est tenue à l’Assemblée générale des Nations Unies. Objectif: esquisser un plan permettant le retour d’environ un million de réfugié·es depuis le Bangladesh vers l’État de Rakhine, au Myanmar, dont ils sont majoritairement originaires. Plusieurs ONG ont dénoncé tout projet de rapatriement qui, dans les conditions actuelles, serait catastrophique[1]Amnesty International, Myanmar: Rohingya repatriation ’catastrophic’ under existing conditions in northern Rakhine State, 29 septembre 2025.. Actuellement, des combats y font rage entre l’armée d’Arakan et la junte militaire et les Rohingyas resté·es sur place sont pris entre deux feux. Si de nombreux pays dénoncent régulièrement leur sort, peu de mesures concrètes et contraignantes semblent aujourd’hui envisagées à l’encontre du gouvernement birman. La baisse continue de l’aide humanitaire, jointe à l’inaction politique internationale, maintient cette ethnie persécutée dans une impasse, sans perspective de retour ni de sortie de crise.

Cette chronique Monde complète le dossier sur les réfugié·es Rohingyas, paru dans le dernier numéro de la revue asile.ch. Vous pouvez d’ores et déjà y lire les autres articles:

Une persécution ancienne

Les Rohingyas subissent persécutions et discriminations au Myanmar depuis plus d’un demi-siècle. Après le coup d’État de 1962, la junte militaire cherche à affirmer une identité nationale unique et les stigmatise. La «loi sur la citoyenneté» de 1982 fondée sur l’appartenance aux «races nationales» accentue leur marginalisation: considéré·es par la junte comme arrivé·es du Bangladesh durant la colonisation, les Rohingyas sont privé·es de citoyenneté et deviennent dès lors la plus grande population apatride au monde[2]Anaïd Lindemann, «Rohingyas: un nationalisme qui tue», Magazine Amnesty n° 82, août 2015. Cette apatridie prive les familles de droits fondamentaux et de protection, les rendant vulnérables à l’exploitation et à diverses formes d’abus.

Août 2017: l’exode

Fin août 2017, après des attaques de postes de police par l’ARSA – un groupe armé rohingya – l’armée birmane lance une vaste opération militaire dans le nord de l’État de Rakhine. Des centaines de villages sont incendiés, l’armée birmane commet des exécutions sommaires, des viols et des massacres, sans distinction entre militant·es et civil·es.
Ces violences seront qualifiées par l’ONU de «crime contre l’humanité» et de «nettoyage ethnique»[3]International Crisis Group, Myanmar’s Rohingya Crisis Enters a Dangerous New Phase, Asia Report N°292, 7 décembre 2017.[4]La CIJ a été saisie par la Gambie pour «crime de génocide», un cas actuellement en examen.. En moins d’un mois, environ 10 000 Rohingyas sont tué·es et plus de 700 000 fuient le pays, principalement vers le Bangladesh, dont la moitié sont des enfants. 120 000 Rohingyas se réfugient en Malaisie et 23 000 en Inde[5]UN Refugees (USA for UNHCR), Rohingya Refugee Crisis Explained, 23 janvier 2026..

Pris entre deux feux

Environ 630 000 Rohingyas vivent toujours dans l’État de Rakhine et continuent d’y subir de graves violations de leurs droits fondamentaux: 150 000 personnes sont détenues dans des camps de détention[6]Human Rights Watch, «Myanmar», World Report 2025, 2025.. Depuis novembre 2023, cette minorité se retrouve au cœur du conflit opposant la junte birmane et l’armée d’Arakan, un puissant groupe armé ethnique rakhine qui revendique l’autonomie de l’État de Rakhine. Il contrôlait la quasi-totalité du territoire en 2024.

Selon diverses ONG, l’armée d’Arakan aurait commis de graves abus envers les Rohingyas, notamment des exécutions extrajudiciaires, de la torture, du travail forcé ou des incendies à grande échelle. Ces violences s’ajoutent aux frappes aériennes aveugles de l’armée du Myanmar, qui tuent des civils rohingyas et rakhines[7]Amnesty International, Myanmar/Bangladesh: Rohingya Community Facing Gravest Threats since 2017, 24 octobre 2024.. Chacune des deux forces cherche à contraindre les Rohingyas à rejoindre leur camp. Plusieurs milliers d’hommes et de garçons rohingyas auraient été enlevés et recrutés de force, principalement par la junte birmane, y compris dans les camps du Bangladesh. La violence de ces affrontements pousse un nombre croissant de Rohingyas à fuir par des itinéraires toujours plus dangereux. Depuis 2023, près de 11 000 personnes ont fui par voies maritimes: 800 y trouveront la mort[8]Human Rights Watch, «Myanmar», World Report 2025, 2025..

Plusieurs ONG dénoncent également des refoulements massifs aux frontières, dont plusieurs milliers à la frontière bangladaise en 2024, les exposant à l’exploitation des passeurs[9]Human Rights Watch, «Bangladesh: New Rohingya Refugees Lack Protection, Aid», Human Rights Watch News, 25 septembre 2024. Une enquête de l’ONU a été ouverte après qu’une quarantaine de Rohingyas ont été jetés en mer par la marine indienne[10]ONU Info. «Un expert de l’ONU ouvre une enquête sur des allégations de Rohingyas jetés à la mer par la marine indienne» 15 mai 2025..

Cox’s Bazar © UNHCR/Santi Palacios

Cox’s Bazar, le camp au 1,2 million de Rohingyas

Depuis les massacres de 2017, le camp de Cox’s Bazar au Bangladesh accueille plus de 1,2 million de réfugié·es rohingyas, dont 75% de femmes et enfants. Entassé·es sur environ 17 kilomètres carrés, les Rohingyas vivent dans des conditions extrêmement précaires, dans ce qui est devenu le plus grand camp de réfugié·es au monde.

Les coupes drastiques dans l’aide internationale, notamment américaine, aggravent leur situation: seuls 35% des besoins humanitaires sont aujourd’hui couverts[11]UNHCR, On the brink: The devastating toll of aid cuts on people forced to flee, 18.07.2025.. Les réfugié·es doivent survivre avec moins de dix dollars par mois. Le camp reste hautement vulnérable aux intempéries et aux incendies. Les infrastructures sanitaires y sont largement insuffisantes, faute de financements, favorisant ainsi la propagation de maladies transmissibles telles que le choléra ou la tuberculose.

Face à l’extrême pauvreté, de nombreux enfants sont contraints de travailler pour aider leurs familles, et les enlèvements contre rançon et les violences basées sur le genre s’y multiplient[12]Amnesty International,
UN Member States must Step-Up Efforts to Protect and Meet the Urgent Humanitarian Needs of the Rohingyas at the Highlevel Conference, 26.09.2025
.

«Nous sommes au bord d’une profonde crise humanitaire. Avec les réductions annoncées par plusieurs pays de leur aide financière, nous faisons face à un risque dramatique, un risque de réduire les rations alimentaires aux réfugiés rohingyas à un niveau qui serait de 40% de 2025.»

ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général des Nations Unies, 14.03.2025
Carte du Myanmar, divisions administratives

Données sociodémographiques[13]Banque mondiale, Myanmar Données économiques (Data 360), consulté en 2026.

PAYS Myanmar (anc. Birmanie)

CAPITALE Naypyidaw (a remplacé Rangun en novembre 2005)
RÉGIME POLITIQUE Dictature militaire. La junte dirige le pays depuis le coup d’État du 1er février 2021 après avoir renversé le gouvernement d’Aung San Suu Kyi.
PRÉSIDENT Général Min Aung Hlaing
LANGUE OFFICIELLE birman
POPULATION 55 millions d’habitants
RELIGION majoritairement bouddhiste (88 %), chrétienne (6 %), musulmane (4 %) et animiste et hindu (> 1 % chacun)

Rohingyas[14]UN News, «UNHCR underscores plight of Rohingya refugees amid alarming reports», 23 mai 2025

DONNÉES MIGRATOIRES Une minorité (630 000) réside dans l’État de Rakhine, dont 150 000 vivent dans des camps.
NOMBRE DE RÉFUGIÉS Près d’1,3 million dont 89 % au Bangladesh, principalement au camp de Cox’s Bazar, et 8,8 % en Malaisie. (UNHCR)

Notes
Notes
1 Amnesty International, Myanmar: Rohingya repatriation ’catastrophic’ under existing conditions in northern Rakhine State, 29 septembre 2025.
2 Anaïd Lindemann, «Rohingyas: un nationalisme qui tue», Magazine Amnesty n° 82, août 2015
3 International Crisis Group, Myanmar’s Rohingya Crisis Enters a Dangerous New Phase, Asia Report N°292, 7 décembre 2017.
4 La CIJ a été saisie par la Gambie pour «crime de génocide», un cas actuellement en examen.
5 UN Refugees (USA for UNHCR), Rohingya Refugee Crisis Explained, 23 janvier 2026.
6, 8 Human Rights Watch, «Myanmar», World Report 2025, 2025.
7 Amnesty International, Myanmar/Bangladesh: Rohingya Community Facing Gravest Threats since 2017, 24 octobre 2024.
9 Human Rights Watch, «Bangladesh: New Rohingya Refugees Lack Protection, Aid», Human Rights Watch News, 25 septembre 2024
10 ONU Info. «Un expert de l’ONU ouvre une enquête sur des allégations de Rohingyas jetés à la mer par la marine indienne» 15 mai 2025.
11 UNHCR, On the brink: The devastating toll of aid cuts on people forced to flee, 18.07.2025.
12 Amnesty International,
UN Member States must Step-Up Efforts to Protect and Meet the Urgent Humanitarian Needs of the Rohingyas at the Highlevel Conference, 26.09.2025
13 Banque mondiale, Myanmar Données économiques (Data 360), consulté en 2026.
14 UN News, «UNHCR underscores plight of Rohingya refugees amid alarming reports», 23 mai 2025