6 – Sont-ils ou elles qualifié·es ?
Une idée reçue voudrait que les personnes issues de l’asile arriveraient en Suisse sans véritable qualification leur permettant d’exercer un métier en Suisse. Il est vrai que le niveau d’exigences suisse est élevé, le système de formation et d’apprentissage solide. Mais il est aussi vrai que nombre d’entre elles ont déjà des qualifications, acquises dans leur pays d’origine, sur le chemin de l’exil ou une fois en Suisse. Un grand nombre de personnes qui ont fui leur pays l’ont fait durant leur formation ou l’exercice d’une activité professionnelle. Selon les autorités, 90% des personnes nouvellement arrivées de plus de 16 ans recensées en 2024 présentaient le profil avaient un potentiel d’employabilité et/ou d’aptitude à la formation[1]Indicateurs PIC/AIS, Secrétariat d’État aux migrations, page visitée le 23.11.2025..

Soutenir l’idée reçue mentionnée au début, c’est alimenter un stéréotype généralisant : non, les personnes relevant du domaine de l’asile ne sont pas par défaut non qualifiées. Dans leurs pays d’origine, il y a des universités, des écoles professionnelles, des secteurs où les personnes se forment « sur le tas », ce qui équivaut en Suisse à une sorte de stage professionnel.
En Suisse, c’est au niveau de la reconnaissance des diplômes (étrangers) que se mesurent les obstacles à la poursuite du parcours professionnel ou de formation. Obstacles qui entretiennent l’idée reçue d’absence de qualification.
Ce stéréotype conduit à une discrimination de facto d’un large public et à son exclusion du marché du travail. Alors que la loi l’autorise à travailler.
Concrètement : une personne avec un permis relevant du domaine de l’asile (B, F, N ou S) :
- peut avoir suivi une formation dans son pays d’origine
- peut avoir suivi une formation en Suisse
- peut avoir suivi toute sa scolarité et sa formation en Suisse : un·e enfant né·e en Suisse hérite du permis de ses parents
- a beaucoup de ressources!
Un permis renseigne sur la nature de la venue de la personne en Suisse. Il ne donne aucune information sur la manière dont elle répond aux exigences du marché suisse du travail, sur ses qualifications, ses compétences, son caractère et ses connaissances de la Suisse. S’intéresser au profil de la personne avant son permis[2]Dans la majorité des cas, toutes les personnes du domaine de l’asile peuvent travailler (voir à ce sujet : Ai-je le droit de l’engager?) est un réflexe qui peut s’avérer prometteur, tant pour l’entreprise que le ou la candidat·e et permettra de ne pas passer à côté des qualifications d’un talent potentiel pour son entreprise.
Dans cette rubrique, nous verrons que « qualifications » et « personnes relevant de l’asile » ne sont pas antinomiques : bien au contraire.
Quizz…
Une étude menée à Genève a montré qu’avant d’arriver en Suisse, les deux tiers des personnes…
avaient achevé une formation post-obligatoire
n’avaient pas dépassé l’école primaire
n’avaient jamais été scolarisées
Les 2/3 ont terminé une formation post-obligatoire !
Une étude, menée auprès de 700 hommes et femmes vivant à Genève au bénéfice de permis F ou B réfugié·es, a montré que près de 45 % ont achevé des hautes études ou une formation professionnelle. Et plus des trois quarts ont terminé l’école obligatoire (fin du secondaire 1). Seules 5 % des personnes concernées disent n’avoir pas été scolarisées.
Cela ne signifie pas que ces dernières n’ont pas d’expérience ou de compétences. Quel que soit leur niveau d’études, toutes ont développé des compétences de vie – ou « soft skills » – toujours plus recherchées par les entreprises et institutions.
Le saviez-vous?
Source: SEFRI, « Que savons-nous au juste des compétences des personnes réfugiées? », 20 mai 2025
« Le diplôme est très important, c’est vrai. Mais je constate aussi que des gens, même sans diplôme, ont énormément d’expériences et de connaissances. En Afghanistan, beaucoup de gens n’ont pas de diplôme, mais ils travaillent beaucoup et bien. Ici, en Suisse, si tu n’as pas de diplômes, c’est un peu comme si tu n’avais pas de valeur. Personnellement, je n’ai pas de diplôme, mais j’aime travailler. Je peux me lever tôt, rentrer tard. Le travail, c’est ma motivation.»
Sher Khan, réfugié d’Afghanistan, arrivé en Suisse sans diplôme ; il a appris 8 langues – en contact avec ses ami·es
Selon un rapport de l’Office fédéral de la statistique[3]* Office fédéral de la statistique, rapport «Les jeunes du domaine de l’asile suivent de plus en plus souvent une formation», novembre 2024, page visitée 01.09.2025.…
52% des jeunes de 16 et 25 ans issus du domaine de l’asile arrivés en 2017 ont suivi une formation post-obligatoire dans les cinq ans suivant leur arrivée en Suisse.
60% des jeunes sont inscrits dans une filière pour obtenir une attestation fédérale de formation professionnelle de deux ans (AFP).
36% ont entamé une formation préparant à un CFC.
4% ont débuté une autre formation certifiante.

Notes
| ↑1 | Indicateurs PIC/AIS, Secrétariat d’État aux migrations, page visitée le 23.11.2025. |
|---|---|
| ↑2 | Dans la majorité des cas, toutes les personnes du domaine de l’asile peuvent travailler (voir à ce sujet : Ai-je le droit de l’engager? |
| ↑3 | * Office fédéral de la statistique, rapport «Les jeunes du domaine de l’asile suivent de plus en plus souvent une formation», novembre 2024, page visitée 01.09.2025. |
