6.1 Des qualifications acquises dans leur pays d’origine
S’il est difficile à l’heure actuelle d’avoir une vue d’ensemble des qualifications des personnes à leur arrivée en Suisse au niveau national, en raison des données statistiques manquantes[1]Les ORP (offices régionaux de placement) sont chargés de collecter « des informations sur le niveau de formation et l’expérience professionnelle des personnes, mais seule une petite partie … Lire la suite, nous pouvons pour l’heure mentionner les informations suivantes[2]BIE Genève, bilans de compétences de 700 personnes avec permis F ou B, 2018-2021.:
Selon une étude réalisée à Genève sur 700 personnes titulaires d’un permis B ou F arrivées dans le canton, les deux tiers avaient terminé une formation post-obligatoire. Près de 45% avaient achevé des hautes études ou une formation professionnelle.
Concernant les personnes réfugiées d’Ukraine, pour lesquelles un recueil plus systématique des informations a été mis en œuvre dès leur arrivée en Suisse, on reporte que 65 à 70% ont un diplôme du secteur tertiaire.[3]« Berufsintegration geflüchteter Frauen aus der Ukraine », Secrétariat d’État à l’économie (étude en allemand uniquement), publiée en mars 2025.
Les nouvelles personnes arrivées en Suisse en 2024 de plus de 16 ans présentaient le profil suivant :
- – 62% avaient été scolarisés pendant au moins 6 ans ;
- 63% avaient des connaissances écrites de l’alphabet latin ;
- 90% tendaient à receler un potentiel d’employabilité et/ou d’aptitude à la formation[4]Secrétariat d’État aux migrations, Suivi de l’encouragement de l’intégration – Indicateurs PIC/AIS, … Lire la suite.
« Les gens connaissent la Syrie à travers l’actualité de la guerre, mais on ne parle pas de nos universités et de nos hautes écoles ! »
M., réfugiée kurde syrienne en Suisse, diplômée en ingénierie informatique
Reconnaissances des diplômes et qualifications
Une difficulté majeure pour les personnes étrangères est de faire reconnaître leurs diplômes ou leur expérience acquise dans leur pays d’origine. Il existe des procédures de reconnaissance des diplômes et des qualifications pour les professions réglementées, tout comme des attestations de niveau. Si ces dernières s’obtiennent encore facilement, faire reconnaître son diplôme en Suisse est une démarche qui peut s’avérer longue, fastidieuse et coûteuse. La procédure est différente selon le diplôme/métier, si la profession est réglementée ou non en Suisse (voir ci-dessous) et le pays d’origine.
Faire reconnaître ses diplômes en Suisse, pas si facile…
C’est un parcours semé d’embûches.
- accès difficile à l’information
- manque de clarté sur les autorités compétentes
- démarches complexes
- coûts élevés
- absence d’alternatives en cas de refus
L’association Découvrir accompagne les personnes migrantes dans la reconnaissance de leur diplôme. Elle offre un accompagnement tout au long du processus. Un soutien financier est aussi possible, au cas par cas.
Retrouvez plus d’information ici : https://www.associationdecouvrir.ch/service-reconnaissance-diplomes-etrangers-2/
Professions réglementées
Les professions « réglementées » ne peuvent être exercées qu’avec un diplôme suisse ou à la suite d’une procédure de « reconnaissance ».[5]Rapport « État des lieux des données relatives aux compétences des réfugiés – Rapport du Conseil fédéral donnant suite au postulat 22.3393 de la CSEC-N du 29 avril 2022 », 13 décembre … Lire la suite Un contrat de travail ne peut pas être conclu sans le diplôme ou une reconnaissance officielle de celui-ci en Suisse.
Il existe deux types de profession réglementées : celles en lien avec l’accompagnement de personnes : professions dans la santé, le social, l’enseignement. Et les métiers soumis à des normes strictes : ingénieur e, géologue, architecte, agent de sécurité, professions juridiques, etc. Les personnes de nationalité suisse doivent également honorer ces qualifications pour pratiquer ces métiers.
La réglementation peut être fédérale ou ne s’appliquer que dans certains cantons.
L’autorité en charge de la reconnaissance (SEFRI, Croix-Rouge Suisse, Swiss Enic, etc.) attestera de « l’équivalence » des qualifications professionnelles étrangères avec celles requises pour exercer ce métier en Suisse. Elle pourra aussi, dans certains cas, demander des mesures compensatoires, par la réalisation d’une formation si une lacune est identifiée.
Tout cela peut prendre du temps et a un coût : récolte des documents, traduction obligatoire de ceux-ci ainsi que leur certification auprès d’un notaire, etc.
Par ailleurs, certaines professions exigent un certain niveau de langue[6]Rapport « État des lieux des données relatives aux compétences des réfugiés – Rapport du Conseil fédéral donnant suite au postulat 22.3393 de la CSEC-N du 29 avril 2022 », 13 décembre … Lire la suite. Par exemple, la Croix-Rouge Suisse demande le niveau B1 pour la formation comme auxiliaire de santé et pour enseigner, le niveau C1 sera requis.
Des procédures longues éloignent tout aussi longtemps la personne du marché du travail. Certaines personnes ne peuvent pas se le permettre et décident alors de « repartir de zéro » et d’opter pour un autre métier, plus accessible. Une déqualification ou réorientation vécue parfois difficilement par les concerné·es. Une perte de talents prometteurs également pour certains secteurs, notamment les professions réglementées où une pénurie de main-d’œuvre est reconnue (dans les soins à la personne, par exemple).
« J’accompagne actuellement des personnes réfugiées, des infirmières originaires du Burundi, qui ont exercé dans leur pays plus de dix ans dans des institutions d’État, mais dont les démarches de reconnaissance sont aujourd’hui bloquées, car on leur demande un « droit de pratique » de leur pays d’origine. Un document dont elles n’ont jamais eu besoin pour exercer dans leur pays, et qu’il leur est bien évidemment difficile d’obtenir en exil. Heureusement, la reconnaissance n’est qu’une étape parmi d’autres : la langue, le réseau et l’expérience pratique (stages, bénévolat) sont tout aussi essentiels pour favoriser l’insertion et valoriser les compétences de chacun-e.»
Veronica Bustamante, Chargée de projets et conseillère en insertion, association Découvrir
Plus d’information :
- Liste des métiers réglementés [7]Liste des métiers réglementés du Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI), disponible sur le site de la Croix-Rouge Suisse : … Lire la suite(avec niveau d’exigence : fédéral ou cantonal)
- Pour savoir ce dont vous avez besoin (reconnaissance.swiss)
- Site du SEFRI avec la procédure à suivre
Professions non réglementées
Les professions qui s’exercent à la suite d’un parcours universitaire (exception faite des métiers cités ci-dessous), sont pour la plupart non réglementées : les exigences seront celles de l’employeur·euse.
Pour les branches non réglementées, aucun document n’est formellement demandé. La personne étrangère peut exercer son métier en Suisse légalement et postuler sans autres démarches à des emplois.
Si son employeur le requiert ou si elle souhaite connaître elle-même à quel titre professionnel suisse son diplôme ou ses qualifications se rattachent, une personne peut demander une « attestation de niveau » (ci-dessous).
Plus d’information :
- Liste des métiers réglementés [8]Liste des métiers réglementés du Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI), disponible sur le site de la Croix-Rouge Suisse : … Lire la suite (avec niveau d’exigence : fédéral ou cantonal)
- Pour savoir ce dont vous avez besoin (reconnaissance.swiss)
- Site du SEFRI avec la procédure à suivre
Attestation de niveau
Pour les branches professionnelles non réglementées, il existe la possibilité de demander une attestation de niveau. Ce document, facultatif, n’a pas de valeur légale, mais peut valoriser un CV et rassurer un·e employeur·euse. Il permet de savoir où se situe la formation étrangère dans le système de formation suisse.
Pour plus d’information :
- Pour savoir ce dont vous avez besoin (reconnaissance.swiss)
- Site du SEFRI avec la procédure à suivre
Notes
| ↑1 | Les ORP (offices régionaux de placement) sont chargés de collecter « des informations sur le niveau de formation et l’expérience professionnelle des personnes, mais seule une petite partie des réfugiés passe par cette procédure (env. 5 à 10%)», comme l’atteste le Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI). Il est donc difficile pour l’heure d’avoir une vue d’ensemble des qualifications des personnes à leur arrivée en Suisse. Source : https://e2-news.ch/fr/news/que-savons-nous-au-juste-des-competences-des-personnes-refugiees, page visitée le 1er septembre 2025. |
|---|---|
| ↑2 | BIE Genève, bilans de compétences de 700 personnes avec permis F ou B, 2018-2021. |
| ↑3 | « Berufsintegration geflüchteter Frauen aus der Ukraine », Secrétariat d’État à l’économie (étude en allemand uniquement), publiée en mars 2025. |
| ↑4 | Secrétariat d’État aux migrations, Suivi de l’encouragement de l’intégration – Indicateurs PIC/AIS, https://www.sem.admin.ch/sem/fr/home/integration-einbuergerung/integrationsfoerderung/monitoring/kennzahlen-kip-ias.html, page consultée le 30.10.2025. |
| ↑5, ↑6 | Rapport « État des lieux des données relatives aux compétences des réfugiés – Rapport du Conseil fédéral donnant suite au postulat 22.3393 de la CSEC-N du 29 avril 2022 », 13 décembre 2024, p.35, , consulté le 31.07.2025. |
| ↑7, ↑8 | Liste des métiers réglementés du Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI), disponible sur le site de la Croix-Rouge Suisse : https://www.migesplus.ch/fr/publications/liste-des-professions-activites-reglementees-en-suisse, page visitée le 31.07.2025. |