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Europe | Le récit de pêcheurs siciliens, accusés d’aide à personnes en détresse

En ligne depuis le 18 décembre 2009 et publié dans - modifié le 3 juillet 2017

Alors que l’Italie de Berlusconi repousse sans vergogne en Libye les migrants et les réfugiés trouvés en mer, plusieurs procès s’attaquent aux marins pêcheurs, pour les dissuader de porter secours à ceux qui tentent de gagner l’Europe par la dernière route qui leur reste, compte tenu de la fermeture des frontières dont s’enrichissent les filières. La voix de ces capitaines courageux est rarement entendue. Nous leur donnons la parole ici, à travers un texte de l’agence Fortress Europe, très active aux côté des migrants. (réd.)

Presque chaque jour, les pêcheurs siciliens croisent les embarcations des émigrants au large de Lampedusa. Et de plus en plus, ils remplacent les Garde Côtes et la Marine Militaire dans des difficiles sauvetages. Ces dernières années, les pêcheurs de Mazara ont sauvé des centaines d’hommes et de femmes. Leurs propos sont incroyables. Des histoires héroïques de marins qui se jettent dans la mer, en pleine nuit, pour sauver des gens. Mais aussi des récits cruels, indicibles, de cadavres trouvés dans les filets, mangés par les poissons. Ces histoires sont toutes d’une profonde humanité. Elles parlent de héros anonymes qui n’ont pas détourné leur regard. Car «quand tu vois un enfant âgé de trois mois en mer, tu ne penses plus à l’argent et au temps perdus. Tu penses seulement à lui sauver la vie.»

Détourner la tête? Inimaginable!

Elle était une petite fille de quelques mois, la première à monter à bord du Ghibli, l’après-midi du 28 Novembre 2008 à Lampedusa. «Elle avait passé trois jours en mer, comme sa mère et les autres 350 passagers, entassés sur un vieux bateau en bois de dix mètres, bloqués dans la mer en tempête». Quand Russo entendit qu’à bord, il y avait des femmes et des enfants, il ne put pas se tourner de l’autre côté. Et il prit le risque. De la même façon que l’avait fait, la nuit auparavant, le commandant du Twenty Two, Salvatore Cancemi, qui n’hésita pas à sortir en mer Force 7 pour sauver 300 personnes en danger.

Au risque de leur propre vie

«Il y avait des vagues de huit mètres de hauteur et des rafales de vent à 70 km/h», raconte Cancemi. «La mer était trop agitée pour un abordage, dit-il, mais aussi pour les remorquer: le câble pouvait se rompre, il y avait trop de vagues. Nous avons donc décidé de les escorter. On naviguait à leurs côtés, en faisant mur contre le vent.»

Ils cherchèrent refuge sous les rochers de la Cozzo Ponente. Ils mouillèrent l’ancre juste à quelques mètres de la côte, en pleine nuit. Et puis, petit à petit, transbordèrent tous les passagers.

«Ce fut le moment le plus difficile, dit le pêcheur. Un faux pas et le bateau allait immédiatement se renverser dans l’eau. Et cela n’aurait pas été la première fois.»

Nicola Asaro, classe 1953, est le capitaine du Monastir. La nuit du 17 Juillet 2007, ils étaient en train de pêcher des crevettes rouges au large des côtes libyennes, quand ils furent approchés par une petite embarcation avec 26 personnes à bord.

«Ils étaient sans carburant. Ils voulaient de l’essence, mais nous utilisons le gasoil, nous ne pouvions pas les aider. On nous ordonna d’abaisser une échelle et de les laisser monter. La mer était plate. Tout à coup le bateau chavira.»

«Nous lançâmes immédiatement dans la mer des gilets de sauvetage et des cordes. Ils ne savaient pas nager. Ils se tiraient l’un l’autre au dessous de l’eau.» Finalement les marins d’Asaro en sauvèrent quatorze et récupérèrent un mort. «Les onze autres, je les ai vus couler de mes propres yeux.»

La mort en face

La même chose est arrivée en juin 2008, au capitaine de l’Ariete, Gaspare Marrone. Le bateau, avec 30 personnes à bord, chavira à deux mètres de l’Ariete, pendant les secours. Les membres de l’équipage réussirent à récupérer 27 personnes. Un an plus tôt, en septembre 2007, Marrone avait sauvé 10 hommes en haute mer, accrochés à la quille d’un zodiac coulé, un tube de 20 cm de large et 4 mètres de long. Ils étaient là depuis plus de deux heures, nus. Les 30 autres passagers étaient tous noyés.

«De loin ils me semblaient des bouées, quand j’ai compris qu’ils étaient des hommes, je ne voulais pas en croire mes yeux. Nous lançâmes des ceintures de sauvetage. Un des marins sauta en mer pour les aider, ils n’avaient plus de force».

Ils font honneur à l’Italie

Russo, Asaro, Cancemi, Marrone, Cittadino et tous les autres capitaines courageux font honneur à l’Italie. Pour honorer leur engagement, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a institué en 2007 le prix «Per Mare». Une récompense qui réaffirme publiquement la valeur des sauvetages en mer. Face aux tribunaux italiens, pour qui la solidarité semble être devenue un crime, ces capitaines courageux opposent

la loi de la mer, convaincus que porter secours à un être en détresse ne peut être criminel. Et leurs avocats mèneront bataille jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg pour le dire.

Texte de Gabriele Del Grande paru sur le blog Fortress Europe le 28 avril 2009
(adaptation Vivre Ensemble)

 

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