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Publication | L’évidence de l’asile, par Marie-Claire Caloz-Tschopp

En ligne depuis le 29 mai 2017 et publié dans

L’évidence de l’asile, un ouvrage foisonnant d’observations, d’analyses et de références pour poser son regard différemment, élargir l’horizon du possible, mieux comprendre l’importance et l’enjeu de nos actions.

A l’origine de cet «essai de philosophie dystopique du mouvement», Marie-Claire Caloz-Tschopp invite à un constat: le fait d’entendre souvent sur le terrain de l’asile, dans les lieux de lutte, le mot «évidence». «Cela m’a interpellée», écrit l’auteure dans son prologue. «Il me fallait comprendre ce qu’il y avait d’évident dans l’asile. Il me fallait comprendre ce que recouvraient les résistances à l’évidence de l’asile». (p.22)

Au centre de la démarche

L’identification du domaine de l’asile comme un lieu de la politique; la démonstration du lien étroit entre la préservation du droit d’asile et la possibilité même de l’exercice de la politique et de la philosophie: «L’asile est un rapport assurant la vie par l’échange réciproque dans les pratiques de liberté, de la protection, de l’hospitalité entre humains. Le rapport d’échange réciproque exclut la guerre, c’est-à-dire que les humains se tuent entre eux. En ce sens, l’asile suspend le meurtre, c’est le noyau intangible de la possibilité de la politique et de la philosophie. Le fait que l’asile soit inscrit dans toutes les traditions depuis l’origine de l’humanité l’atteste» (p.17).

Or, l’asile a été progressivement «confisqué », «perdu», «oublié». L’auteure analyse et dénonce les processus de cette confiscation, aboutissant à la disparition du droit d’asile.

En parallèle, elle montre comment la société civile cherche à se réapproprier l’hospitalité comme un «espace de vie». Elle souligne le rôle fondamental des «invisibles», des «sans part», celles et ceux qui, jour après jour, pas à pas, luttent sur le terrain et contribuent à reconstruire cette évidence de l’asile. L’ancrage de sa réflexion philosophique se situe notamment dans cette force d’action, qui remet constamment l’ouvrage sur le métier.

Refusant toute position philosophique de déterminisme/catastrophisme, se démarquant de positions utopistes, elle propose une philosophie qualifiée de «dystopique du mouvement», qui ne fait pas l’impasse sur les tragédies du 20ème siècle, à savoir «la violence extrême et l’exterminisme» (Bertrand Ogilvie). Une philosophie qui s’inscrit dans une «démarche d’action humaine», sous forme d’un «pari» au sens de Spinoza : « Un peuple libre est conduit plus par l’espoir que par la crainte ; un peuple soumis, par la crainte plus que par l’espoir ; l’un s’efforce de profiter de la vie, l’autre seulement d’échapper à la mort » (Spinoza, Traité politique, IV,6)

Une pensée toujours actuelle

Cette approche nous invite à «déplacer notre regard», à penser les problèmes «depuis ici et ailleurs dans le monde». Mais aussi à reprendre des notions élaborées à d’autres moments de l’Histoire: la pensée d’Hannah Arendt quand elle parle des «humains superflus», des «sans-Etat», du «droit d’avoir des droits»; celle de Foucault sur «le droit de faire mourir ou de laisser vivre» ; et encore plus loin dans le temps, l’analyse de Rosa Luxembourg sur «l’effet boomerang de l’impérialisme sur la planète».

Des penseurs dont la réflexion trouve écho aujourd’hui. «Quand on voit les mêmes mots depuis les routes de l’exil, les camps de réfugiés», le «pari» n’est-il pas de s’engager dans un «agir de liberté», d’«insoumission»? Un engagement qui doit se construire avec l’«imprévisibilité» inhérente à l’incertitude du monde et à notre propre incertitude (R. Luxembourg), en saisissant le moindre événement, faille, espace de liberté qui peuvent devenir de «nouveaux commencements» (H. Arendt). Se maintenir constamment dans la tension du possible-impossible.
Ce ne sont là que quelques éléments tirés de cet essai. La complexité du contenu en rend la lecture par moments ardue. Cet ouvrage est surtout un outil de travail, dans lequel au gré des besoins et questionnements on peut puiser idées, réflexions, sources de savoir et d’encouragement!

DANIELLE OTHENIN-GIRARD

Marie-Claire Caloz-Tschopp, professeure et chercheuse en philosophie politique, militante de longue date, travaille depuis des années sur les
questions de migration, d’asile avec l’objectif d’allier gens du terrain et universitaires.

Films Plans-Fixes lui a consacré une longue interview. Elle y raconte avec authenticité son parcours, son engagement, le cheminement de sa pensée.
DVD : www.plansfixes.ch

Depuis 2010, elle est responsable du Programme «Exil, Création Philosophique et Politique, Repenser l’Exil dans la Citoyenneté Contemporaine». Ce programme se termine au printemps 2017 et un colloque de clôture, ouvert gratuitement au public, est organisé à Genève du 31 mai au 3 juin.

Programme et inscription: www.exil-ciph.com. Les conférences des précédents colloques et publications s’y référant sont disponibles sur ce site.

Pour écouter l’intervention de Marie-Claire Caloz-Tschopp dans l’émission Haute Définition de la RTS, cliquez ici.