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En ligne depuis le 15 juin 2017 et publié dans

Comme la plupart des femmes de son pays, le Burkina Faso, Wendy Anne Ilboudo a subi l’excision. Une douleur qu’elle qualifie « d’indicible, impossible à décrire ». La force qui s’est réveillée en elle, en combattant cette pratique, donne une mesure du poids qu’il faut déplacer pour changer les mentalités.

«Le jour J, nos parents nous disent que nous allons rendre visite à notre grand-mère. En arrivant près d’une case, nous entendons des cris. Nous comprenons que le moment fatidique est arrivé. Cela se passe sans anesthésie. Nous sommes une trentaine. C’est le même couteau qui mutile jusqu’à ce qu’il ne tranche plus. La douleur est indicible, je ne peux pas la décrire. Les conséquences, nous les subirons toute notre vie.

Dans notre communauté, l’excision représente un passage obligé, une étape ultime pour que la jeune fille soit intégrée dans une société qui passe par le respect. Mutilée, la femme sauve l’honneur de la vie. Non mutilée, elle n’est pas respectable.
En réalité, c’est pour que l’homme puisse la dompter.

Un jour, pourtant, j’ai dit: «Stop! Il faut arrêter ça!» C’était en 2003, ma soeur jumelle venait de mourir en couches. Une hémorragie qui n’avait pu être stoppée. La cause remontait à la manière dont avait été pratiquée l’excision.

Contrairement à moi qui suis plutôt rebelle, ma sœur était une parfaite burkinabé: douce, docile, soumise. Je n’ai pas supporté son décès. Avec elle, aussi quelque chose en moi était mort. Et selon un adage de mon pays: «Un cabri mort n’a pas peur du couteau!» Alors, après le deuil, j’ai osé… osé dénoncer. On me disait «Toi, ce sont les Blancs qui te font un lavage de cerveau!» Mais je n’avais plus peur. Je ne craignais ni les menaces, ni la mort. Une force nouvelle m’habitait.

C’est cette même force qui m’a aidée à rebondir ici. A mon arrivée à Genève, j’étais dans un état d’extrême vulnérabilité. Je me croyais devenue stupide tellement j’avais des problèmes de concentration et de mémoire. Les réflexions des personnes que je côtoyais m’ont alertées. Une nouvelle fois je me suis reprise. Alors que l’on me conseillait d’attendre d’être moins fragile, j’ai trouvé moi-même un stage et j’ai pu suivre une formation.

Aujourd’hui, après six années passées en Suisse, je suis complètement indépendante. Je travaille à plein temps. Mon permis F est devenu un permis B.

Mon histoire m’oblige à rester forte. Il en va de la dignité de la femme!

J’envisage l’avenir avec un certain espoir. J’observe une prise de conscience auprès de la jeunesse masculine. Les jeunes hommes comprennent via internet et l’émigration que les filles souffrent. Si l’homme dit non à cette pratique horrible, elle cessera.»

PROPOS RECUEILLIS PAR NICOLE ANDREETTA

Wendy Anne Ilboudo intervient au sein de l’Association de médiatrices interculturelles (AMIC) qui mène une campagne de prévention à Genève contre les Mutilations génitales féminines (MGF) en collaboration avec le Bureau de la promotion de l’égalité, Camarada, l’Arcade des sages-femmes et les Hôpitaux universitaires de Genève.

Plus d’infos: www.amicge.ch.