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Voix d’Exils | Quelles explications à la surpopulation des étrangers dans les prisons romandes?

En ligne depuis le 11 juin 2018 - modifié le 12 juin 2018

Voix D’Exils revient sur les propos tenus par Franz Walter, directeur des Établissements pénitentiaires de Bellechasse, qui affirmait que les prisons romandes paient les factures d’une politique de l’immigration qui a des effets considérables ; et que 80% des personnes détenues dans les prisons romandes sont des étrangers, en spécifiant leurs origines ethniques. Cet article publié par Voix d’Exils propose des éclaircissements permettant d’expliquer la surpopulation des étrangers dans les prisons romandes.

Article de MHER, publié sur le site Voix d’Exils, le 11 juin 2018. Cliquez ici pour lire l’article sur le site de Voix d’Exils.

Enquête – les prisons romandes paient-elles « les factures de la politique migratoire » ?

Franz Walter, directeur de prison, affirme que « les prisons romandes paient les factures d’une politique de l’immigration qui a des effets considérables ». Il a aussi constaté que 80% des détenus dans les prisons romandes sont des étrangers et spécifié des origines ethniques. Enquête sur ces observations et sur les effets qu’elles produisent.

Le 18 février, le journal TV de 19h30 de la RTS a interviewé Franz Walter, directeur des établissements pénitentiaires de Bellechasse (Fribourg), sur la surpopulation et l’origine des détenus dans les prisons de Suisse romande. Pendant l’émission, M. Walter a affirmé que « les prisons romandes paient les factures d’une politique de l’immigration qui a des effets considérables ». Il a aussi constaté que 80% des détenus des prisons romandes sont des étrangers et que les origines ethniques les plus représentées se trouvent dans les pays d’Europe de l’Est, l’Afrique noire et le Maghreb.

Les observations de Monsieur Walter, qui a par ailleurs commencé sa carrière dans le domaine des migrations au sein de l’Office fédéral des réfugiés, qui est entretemps devenu le Secrétariat d’Etat aux Migrations nous interpellent. Nous avons décidé de mener une enquête sur ces observations et l’effet qu’elles produisent. Précisément, nous avons : contacté l’Office fédéral de la statistique et Monsieur Walter lui-même pour procéder à la vérification des données ; contacté Philippe Gottraux, sociologue à l’Université de Lausanne et André Kuhn, criminologue à l’Université de Neuchâtel, pour nous aider à analyser les données ; étudié la couverture du sujet par d’autres médias et organisations ; et contacté le Service de lutte contre le racisme et la Commission fédérale contre le racisme pour leurs positions sur le sujet.

A la recherche des sources

S’agissant les données présentées sur les proportions des détenus étrangers et leurs origines, Monsieur Walter ne nous a ni fournis, ni aidé à établir le contact avec la personne sous la direction de laquelle ces données ont été traitées pour lui. L’OFS nous a fourni la statistique de la proportion de détenus étrangers dans les prisons latines pour la période de 2004-2017 ce qui confirme par la moyenne annuelle la donnée de M. Walter, soit 80%. Nous n’avons en revanche reçu aucune information sur les origines ethniques majoritaires des détenus dans les prisons romandes.

Mise en perspective des données de M. Walter

Dans sa communication avec Voix d’Exils, Philippe Gottraux, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, relève que la situation dans les prisons romandes peut être expliquée plutôt par des facteurs sociaux (situation financière, sociale, etc.) que par le statut ou par l’origine. Il suggère en outre que la discussion devrait prendre en compte les résultats des recherches connexes des sociologues et des criminologues au lieu de « désigner les étrangers comme cibles de tous les maux de la société suisse » et aller « dans le sens du discours d’une certaine droite politique ». M. Gottraux attire aussi l’attention sur l’interaction entre Monsieur Walter et la journaliste, car elle ne questionne pas les observations de son interlocuteur.

Dans son article publié dans la revue en ligne asile.ch, André Kuhn, professeur de criminologie et de droit pénal à l’Université de Neuchâtel, affirme qu’en générale, la nationalité n’influence pas la criminalité, bien que les étrangers représentent 20% de la population et 50% des condamnés en Suisse. Il explique que la considération de la corrélation entre deux phénomènes dans ce cas : la criminalité et un seul autre facteur n’explique rien, mais peut conduire à des conclusions politiques. Donc, il faut considérer tous les facteurs en même temps. Dans l’ordre d’importance, il identifie : le sexe, l’âge, le niveau socio-économique et le niveau de formation. Le professeur assure que la nationalité n’explique pas la criminalité, tout comme la taille de la personne ne l’explique pas. La nationalité ainsi que la taille sont déjà compris dans les autres facteurs. Considérant ces autres facteurs, les criminels sont plutôt des jeunes hommes défavorisés et moins bien formés. Il conclut que pour la prévention du crime, les actions sociales et éducatives sont à prendre en considération en priorité au lieu de pointer les migrants.

Dans sa communications avec Voix d’Exils, le professeur Kuhn constate en outre que le niveau des étrangers dans les prisons romandes étant plus élevé que dans le reste du pays comme le résultat d’une politique de migration différente en Suisse romande que dans d’autres régions de Suisse n’est pas vérifiable. Ceci n’est qu’une hypothèse. Et la différence entre 50% des étrangers dans les condamnations et 80% dans les prisons montre que « le système pénal ne fonctionne pas de la même manière pour les étrangers que pour les Suisses » et les étrangers sont plus souvent condamnés à la prison.

Du pain béni pour les organisation de droite anti-immigration

Les observations de Monsieur Walter n’ont pas été abondamment couvertes par les médias. Concernant la différence entre les proportions d’étrangers dans les condamnations (50%) et les détenus (80%), un article paru dans Le Courrier semble donner une explication. Il souligne que la liberté conditionnelle n’est pas accordée aux étrangers sans statut de séjour, car ceux-ci, sans moyens de subsistance, « plongeraient dans la délinquance ». A part cet article, l’information a été partagée par des journaux ou organisations de droite anti-immigration, tels que :

  • LesObservateurs.ch, un média en ligne d’Uli Windisch, ex-professeur et sociologue à l’Université de Genève.
  • UDC Suisse, l’Union démocratique du centre, un parti politique suisse.
  • UDC Vaud.
  • Stop UE, Stop à l’Union européenne, une initiative suisse anti-migration sur Facebook.
  • Fribourgeois Patriote, une initiative nationaliste sur Facebook.
  • LaGaucheMaTuer.fr, un média français en ligne.

Donc, sans surprise, ce sont des organisations de droite anti-immigration qui ont profité et relayé les observations de M. Walter pour faire avancer leurs agendas anti-migratoire.

S’agissant du Service de lutte contre le racisme et de la Commission fédérale contre le racisme, ces organismes n’ont pas voulu se prononcer sur le sujet.

M. Walter, un employé du secteur public, a exprimé de tels propos dans un média public un dimanche soir quand beaucoup de monde était devant la télé. On peut imaginer l’impact d’une telle intervention. Pourtant, il n’est pas un expert, et la journaliste de la RTS a accepté ses observations sans les contrebalancer ou les questionner. Je pense que les observations de Monsieur Walter, la manière dont la statistique a été présentée, le dispositif choisi de présentation peuvent attiser la haine en Suisse romande envers les immigrés en général et envers des origines spécifiques.

MHER

Membre de la rédaction vaudoise de Voix d’Exils


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