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Éditorial | Délit, ou devoir de solidarité?

En ligne depuis le 25 juin 2018 et publié dans - modifié le 21 juillet 2018

Le contraste est saisissant. D’un côté on célèbre l’acte de bravoure d’une personne ayant trouvé naturel de ne pas laisser un gamin mourir sans rien faire. De l’autre on sanctionne celles et ceux qui se refusent à laisser mourir d’autres gamins sans rien faire.

llustration: Herji, juin 2018 – Vivre Ensemble

Le 28 mai, Mamoudou Gassama, réfugié sans papiers, est naturalisé par le président 
français suite à son sauvetage héroïque d’un 
petit enfant accroché à un balcon. Le 22 avril, trois personnes sont placées en détention et risquent 10 ans de prison pour avoir participé à une marche solidaire à la frontière 
italo-française [1].
Les 3 de Briançon dénonçaient, avec 200 autres personnes, une politique migratoire meurtrière et le laisser-faire des autorités à l’égard de l’action menée la veille par un groupe d’extrême-droite. Des « identitaires » qui avaient publiquement, sans être inquiétés, entravé ce même passage pour montrer qu’il est possible de «reprendre le contrôle des frontières et d’empêcher les clandestins de rentrer dans notre pays» (p. 8).
S’étaient-ils sentis encouragés par le discours de Gérard Collomb, tenu quelques jours plus tôt à l’Assemblée nationale? Le Ministre de l’Intérieur discourait sur ces régions françaises «en train de se déconstruire parce qu’elles sont submergées par des flux de demandeurs d’asile».

Et puis il y a ces trois morts qui ancrent cette actualité dans la réalité. Ces hommes et femmes qui, tentant de franchir ce même col non pas en voiture, en bus, en train, comme nous le ferions tous, mais à pied, se sont faits engloutir par la montagne et ses éléments. Qui, pour échapper à une embuscade de la police, ont été contraints de prendre un risque supplémentaire. Un risque qui leur a été fatal.
Rester spectateur était inconcevable pour Mamoudou Gassama. Rester spectateur est inconcevable pour les citoyens solidaires qui s’engagent à porter secours aux personnes en détresse, qu’ils se revendiquent du droit – délit de non-assistance à personne en danger – ou d’un simple principe d’humanité.
Le témoignage de Pierre-Alain Mannoni, condamné en septembre 2017 pour avoir aidé trois Érythréennes, le dit simplement: «Si je ne l’avais pas fait et que ces filles étaient mortes dans la nuit, comment aurais-je vécu avec cela?» [2].
L’acte de porter secours et d’empêcher le pire, surtout s’il est prévisible, nous renvoie à notre positionnement individuel face à l’État, face à la loi, et à notre rapport intime avec ce que nous considérons comme juste, ou injuste (p. 2). En sanctionnant l’aide apportée aux exilés, l’État enjoint aux citoyens de détourner les yeux. Il sait qu’une partie d’entre eux ne sauront rester spectateurs, sous peine de se sentir salis, avilis, lâches.
Ce sont donc le courage et la mobilisation citoyenne que les tribunaux veulent casser. Parce qu’ils sont révélateurs des drames qui se jouent à nos frontières et qu’ils les mettent en lumière. En désignant individuellement des coupables, qu’ils chargent du délit d’aide à l’immigration «illégale», ils cherchent à les ostraciser, à les criminaliser. Alors que le crime est ailleurs (p. 6).

Il y a aujourd’hui urgence à soutenir collectivement ces actes solidaires, à relayer l’action de celles et ceux qui les soutiennent, à informer sur les conséquences des politiques locales, nationales ou européennes. Cette édition se veut une modeste contribution à cette résistance.

SOPHIE MALKA

[1] RTS, Mise au point, « Libérés, pas délivrés », 6 mai 2018.
[2] Brut, « Est-ce un délit d’aider les migrants ?», 4 janvier 2017.
Lire aussi son témoignage dans la revue Vivre Ensemble n°161 «Des gestes solidaires, avant d’être militants ».

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