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Témoignage [4/6] | “Je perds les meilleurs années de ma vie”

En ligne depuis le 7 août 2019 - modifié le 17 juillet 2019

Le 26 juin 2019, la coordin’action Poya Solidaire a organisé une journée d’information et de mobilisation pour exiger la fin du statut dégradant de l’aide d’urgence et la régularisation des requérant-e-s le subissant depuis une longue durée. A cette occasion, plusieurs personnes concernées ont pris la parole. Leurs mots étaient forts et importants. En juillet et août, chaque mercredi, Vivre Ensemble publie leurs témoignages, soit prononcés le jour même, soit recueillis en marge de la manifestation par des personnes solidaires.

A., depuis 7 ans en Suisse, 4 ans à l’aide d’urgence

« Je suis arrivé en Suisse il y a sept ans. J’ai déposé une demande d’asile, mais elle a été refusée. Mais je ne peux pas retourner ni en Ethiopie ni en Erythrée, c’est trop dangereux pour moi.

Les premières années en Suisse, j’ai travaillé comme bénévole – service, logistique, déménagement, vente. J’ai aussi participé à des programmes d’occupation, payés cinq francs par jour.

Cela fait quatre ans que je vis à l’aide d’urgence. Quatre ans qu’on m’interdit de travailler, de suivre une formation, de suivre des cours.

Photographie: Eric Roset, 2019

Je dois quémander 10 francs chaque jour, et me débrouiller avec cela.

Dans le foyer où j’habite, il y a des vols, des bagarres, des gens qui volent la nourriture. C’est insupportable. Il y a des gens qui sont là depuis longtemps et ont des graves problèmes psychologiques. Certains deviennent agressifs, voire pratiquent de l’automutilation.

On ne peut pas cuisiner là-bas et garder sa nourriture au frigo, car on se la fait voler. J’ai déjà été menacé au couteau, là-bas. Ce n’est pas une vie.

Je suis jeune, je n’ai pas de problème. Je veux travailler pour payer ma nourriture, pour construire vie. J’ai envie d’être utile. Je ne veux pas dépendre de l’aide d’urgence – ou de l’aide sociale, ou de la charité.

J’ai dit cela plusieurs fois au Spomi, je leur ai demandé un permis de travail. Mais ils ont tout refusé. Leur seule réponse depuis quatre ans, c’est : « Tu dois quitter la Suisse ».

J’essaie quand même de suivre des cours de français gratuits, de m’intégrer. Mais on refuse de me donner une chance. Tout est bloqué. Pourtant, je ne suis pas un criminel. Ma seule « faute », c’est d’avoir demandé l’asile.

Si on me donne la chance de travailler, cela va tout changer. S’ils me donnent le permis de travail, je suis sûr que je vais travailler. Je suis un travailleur, persévérant. Je peux faire des déménagements, travailler dans la sécurité, la peinture, la construction, le service, la vente, la restauration.

Cela fait sept ans de gâchés, sans rien. Dans mon pays, c’est très mal vu de rester à la maison. À chaque Noël et Nouvel an, je me sens mal, car cela me rappelle la réponse négative à ma demande d’asile.

Après toutes ces années, je suis très déprimé. Mais j’essaie de dépasser cela en suivant des cours, en faisant du sport, en discutant avec des collègues.

Après sept ans de cette vie, ils veulent me renvoyer en Ethiopie ou en Erythrée. Mais j’y serais en danger en raison des tensions ethniques et du manque de démocratie. Si je pouvais y retourner en sécurité, je le ferais. On ne supporte pas sept ans à l’aide d’urgence pour le plaisir.

Encore combien de temps vont-ils me laisser dans cette situation ? Je perds les meilleures années de ma vie. C’est très difficile.


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