40 ans d’existence! L’occasion de rappeler quelques faits marquants
Danielle Othenin-Girard, membre du comité depuis septembre 1992
C’est en octobre 1985 que paraît le premier numéro de la revue Vivre Ensemble, devenue asile.ch, intitulé à l’époque «Bulletin de liaison romand sur le droit d’asile». La période est alors marquée par les premières graves atteintes au droit d’asile, le fameux «tournant des années 1980»[1]Christophe Tafelmacher: «Du droit d’asile à la gestion du stock humain», Vivre Ensemble, Hors-série #3, septembre 2013..
Face à ce durcissement, le mouvement de défense du droit d’asile, déjà actif en Suisse, se structure davantage et se renforce. Notamment dans plusieurs cantons romands, des groupes d’accueil et diverses associations de défense des personnes en quête de protection se multiplient. C’est dans ce contexte dynamique qu’Yves Brutsch, chargé d’information du secteur réfugié·es du CSP-Genève, figure emblématique dans les milieux de l’asile, fonde la revue Vivre Ensemble afin de doter le mouvement d’un moyen de communication entre les cantons romands et d’une source d’informations à la fois documentées et critiques.
L’influence d’un couple engagé à Neuchâtel
Autres personnalités très marquantes, celles de Philippe et Béatrice Bois.
Philippe Bois, ancien professeur de droit aux Universités de Genève et Neuchâtel et spécialiste reconnu du droit administratif, s’engage intensément pour la défense des requérant·es d’asile, même et surtout durant son temps libre. Au début des années 1980, il crée la Coordination Asile Neuchâtel avec son épouse Béatrice Bois: une structure bénévole assumant un important travail d’accompagnement juridique et social. Atteint de leucémie, il décède malheureusement assez jeune, en 1991. Avec la même rigueur, ténacité et générosité, Béatrice Bois restera longtemps active dans le domaine de l’asile. Elle est décédée récemment, en février 2025.
Une des contributions majeures de Philippe Bois au mouvement de défense fut sa conviction d’une nécessité de développer des réseaux de mandataires au sein même des associations de la société civile. Un encouragement qu’il fit entendre bien au-delà du canton de Neuchâtel. Notamment à Genève: Michel Ottet, futur fondateur d’Elisa-Asile, parlait souvent de sa rencontre décisive avec Philippe Bois. Celui-ci l’avait convaincu d’organiser une permanence juridique en lui offrant d’assurer la formation des futurs représentant·es juridiques. De même dans le canton de Vaud et bien évidemment celui de Neuchâtel, nombreuses furent les personnes engagées dans la défense des droits des réfugié·es, à travers diverses organisations, à pouvoir bénéficier des enseignements et conseils du professeur de droit.
Celui-ci analyse lui-même cette importance des réseaux de mandataires dans l’un de ses articles destinés à la revue Vivre Ensemble (n° 12 / mai 1987, «Les surprises de la nouvelle loi», pages 5 et 6). C’était au lendemain du rejet du référendum contre la nouvelle loi sur l’asile de 1987. Il met notamment le doigt sur des incohérences et dégage quelques points porteurs pour améliorer la défense des requérant·es. Ainsi le fait que «la Loi fédérale de procédure administrative (LPA) sera applicable à toutes les étapes de la procédure (…), qu’«elle garantit notamment le droit de n’importe quelle personne ayant la jouissance des droits civiques d’être mandataire; le droit de consulter le dossier; le droit de proposer des moyens de preuves…». Bref, un certain nombre de garanties qui incontestablement ouvrent la porte à la possibilité d’accroître les forces de soutien juridique, non seulement pour défendre des situations individuelles, mais pour observer comment la loi est appliquée et dénoncer les manquements au respect du droit d’asile.
Depuis, ces réseaux n’ont cessé de fonctionner. Certes des associations et groupes se sont essoufflés, mais d’autres naissaient. Aujourd’hui, dans plusieurs cantons romands existe les collectifs Droit de Rester aux côtés de bien d’autres organisations qui continuent d’évoluer, comme SOS Asile Vaud, la Coordination asile.ge à Genève, le Centre suisse immigrés en Valais…
Un engagement au quotidien qui témoigne toujours plus de la nécessité de ce travail de terrain, continuant à faire vivre la conviction de Philippe Bois et à nourrir le mouvement de défense du droit d’asile. Un mouvement qui repose aussi sur un constant travail d’information, dont la première pierre posée en 1985 et la longue histoire de Vivre Ensemble ont ouvert la voie à l’actuelle asile.ch, avec son site régulièrement enrichi, ses diverses actions de sensibilisation et le renouvellement de la revue.
Tous les numéros de la revue sont accessibles en ligne sur asile.ch/revue.






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Notes
| ↑1 | Christophe Tafelmacher: «Du droit d’asile à la gestion du stock humain», Vivre Ensemble, Hors-série #3, septembre 2013. |
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