9- Saura-t-il ou elle s’adapter à nos codes du travail?
En Suisse, on associe souvent « codes du travail » à quelques valeurs phares : ponctualité, respect des horaires, hiérarchie relativement horizontale, rigueur administrative et normes de sécurité élevées. Ces caractéristiques sont parfois présentées comme des spécificités helvétiques, difficiles à appréhender pour des personnes venues d’ailleurs.

Il n’est donc pas rare d’entendre que les personnes issues de l’asile auraient plus de peine à s’intégrer professionnellement, faute de maîtriser ces usages implicites. Une idée reçue qui a pour conséquence le rejet de dossiers de personnes étrangères lors du tri des CV. Une barricade qui se dresse sur le marché du travail. Une discrimination sans fondement.
En effet, les témoignages et l’expérience des employeur·euses contredisent largement cette perception. Loin d’être des « étranger·ères aux codes », les réfugié·es démontrent une capacité d’adaptation rapide et durable. Leur parcours d’exil, jalonné d’obstacles, les a souvent contraint·es à développer des compétences d’ajustement hors du commun.
À votre avis, à qui s’adressent les conseils suivants ?
« N’oubliez pas que vous êtes un travailleur étranger, vous avez beaucoup à apprendre aussi bien sur le plan professionnel que sur celui de la culture suisse. Voici quelques conseils afin d’appréhender sereinement ce nouveau départ. (…) La montre suisse n’est pas qu’un mythe historique : la ponctualité est une valeur essentielle du rapport au temps des Helvètes. Tout le monde se doit d’être à l’heure, il est presque impossible de prendre du retard. »
Aux travailleurs et travailleuses de France voisine !
On présuppose parfois que plus la personne vient de loin, plus elle aurait des codes de travail différents. Les conseils donnés par le groupement transfrontalier européen aux travailleur∙euses de France voisine pour réussir leur insertion professionnelle en Suisse montrent que l’apprentissage des codes d’une entreprise n’a rien à voir avec l’éloignement géographique. Au sein d’un même pays, ces codes peuvent être très différents d’un secteur à un autre. Une personne en réorientation professionnelle devra aussi (ré)apprendre les codes de son nouveau travail. À travers leur parcours d’exil, la plupart des personnes ont démontré une grande capacité d’adaptation à des environnements de travail diversifiés.
« Les jeunes issus de l’asile remarquent sans doute la chance qu’ils ont d’avoir un travail. Vous savez, quand j’ai des problèmes avec des apprenti·es d’ici, je les mets une semaine avec Yuel (apprenti au sein de l’entreprise du bâtiment Berchten SA, Yuel Habtezghi, venu d’Erythrée, a obtenu le titre de meilleur apprenti AFP genevois en 2022). Ça remet l’église au milieu du village. Les jeunes réfugié·es sont assidus au niveau des horaires, polis et gentils. Dans 80-90 % des cas, on a eu une super expérience. Et bien souvent, ils sont plus « suisses » que les Suisses. »
Olivier Berchten, patron de l’entreprise Berchten SA
(retrouvez l’ensemble du témoignage sur asile.ch)
Découvrez dans cette rubrique en quoi les personnes dites étrangères se familiarisent vite à nos codes et valeurs dans le monde professionnel.
