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En ligne depuis le 23 avril 2019 et publié dans - modifié le 11 juillet 2019

Elle a été la cible de nombreuses agressions racistes. Mais pour Christiane Taubira, ancienne Garde des Sceaux française, la « source profonde » de toutes les inégalités se trouve dans le sexisme. Dans le fait « d’avoir inventé que, sur un fait de nature, plus de la moitié de la population est exclue de l’accès au pouvoir, à un tas de métiers, à l’éducation, etc. » Et à l’intérieur de cette logique se déclinent toutes les autres discriminations. Faire tomber cette justification, affirme-t-elle, « est ce qui peut permettre de combattre de façon profonde et durable les inégalités ».[1]

Pour faire évoluer la société et les rapports de pouvoir, estime-t-elle, les femmes ont des arguments et des idées à faire valoir. « L’expérience historique de violence, d’exclusion et de discrimination qui a forgé nos consciences nous place dans un rapport particulier à l’autre et à la société. Elle nous a forcés à développer des solutions et des alternatives. L’expérience de la minorité aiguise les défenses mais développe aussi la solidarité parce que la survie, quand on est en minorité, dépend de la capacité à faire corps ensemble ».[2]

Le 14 juin 2019, des mouvements féministes, syndicaux, des particulières, mèneront une grève pour revendiquer une égalité des droits, mais également le respect et la protection contre les violences sexuelles ou sexistes. Y associer les femmes réfugiées et migrantes renforce ces revendications (p. 2). Car elles ont leur mot à dire sur les discriminations, les violences sexuelles, le harcèlement et la nécessité de les combattre. Des atteintes qui ont peut-être été l’origine de leur fuite, qu’elles ont pu subir dans un des pays qu’elles ont traversé ou qu’elles endurent parfois aussi en Suisse. Ceci est particulièrement vrai dans les foyers dans lesquels elles sont contraintes de résider sous la tutelle de l’État, soit parce que la loi les y oblige, soit parce que leurs ressources ne leur permettent pas de faire autrement. Y règne la promiscuité et un pouvoir discrétionnaire des fonctionnaires, bien à l’abri des regards (pp. 4, 10, 22).

Alors qu’une partie de la société vit dans l’illusion que les revendications féministes n’ont plus lieu d’être, ces femmes témoignent dans leur chair du contraire. « Nous subissons [ces] violences [sexuelles et sexistes] simplement parce que nous sommes des femmes. Et la société ne [les] prend souvent pas au sérieux ou les minimise », explique le collectif du 14 juin.[3]

Dans le contexte de l’asile, cette violence est exacerbée par le rapport de pouvoir qu’induit la relation à l’autorité. L’absence de mise en œuvre des mesures de protection minimum préconisées pour permettre à ces femmes de se sentir en sécurité sur leurs lieux de vie, d’être reconnues dans leurs souffrances passées et présentes témoigne du chemin à parcourir. La grève pour les droits des femmes a tout à gagner de chercher à combler ces lacunes. Car tant que l’abus de pouvoir restera toléré sur le plan institutionnel, une fragilité subsistera. Une faille qui maintient toutes les femmes et d’autres catégories de la population à l’écart d’une égalité des droits.

Dans une société en perte de repères et de liens, où l’individualisme et l’intolérance marquent le pas sur la solidarité, favoriser la diversité des voix féminines et féministes est  un moyen d’explorer, ensemble, de nouvelles formes de résistance. Et d’amorce un changement.

SOPHIE MALKA

[1] «La matrice de l’inégalité est le sexisme», selon Taubira (RTL, On n’est pas couché, 10.06.18)
[2] Christiane Taubira : « Il est temps que les hommes fassent l’expérience de la minorité», (Libération, Justine Rastello, 28 janvier 2018)
[3] www.14juin.ch


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