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Mobilisation pour Robel | Emblème d’une communauté érythréenne à protéger

En ligne depuis le 17 décembre 2019 - modifié le 27 février 2020

Robel est un jeune homme de 21 ans domicilié en Suisse depuis 2015. Suite à la décision des autorités suisses de lui retirer son autorisation de séjour (permis F), il a dû arrêter de travailler et vit actuellement de l’aide d’urgence. Ce cas est individuel, mais pas isolé. Il est paradigmatique du durcissement de la politique d’asile à l’encontre des ressortissant.e.s érythréen.e.s. Après des années de pressions politiques, le Secrétariat d’État aux migrations a entrepris en 2016 de réexaminer les admissions provisoires des Érythréen.e.s estimant que la situation sur place s’était améliorée, tendance confirmée par le Tribunal administratif fédéral en 2017 dans un arrêt considéré par les œuvres d’entraide comme incompréhensible car “rien n’a changé en Érythrée”.  Malgré des années de vie et d’intégration en Suisse, des milliers de personnes érythréennes se retrouvent aujourd’hui à l’aide d’urgence, avec l’interdiction de travailler mais sans qu’une réelle perspective de retour soit envisageable, puisqu’un renvoi forcé vers l’Erythrée n’est pas possible. Une pétition a été lancée par AJIR Jura pour demander que la situation de Robel soit révisée. D’autres initiatives ont été entreprises revendiquant une réelle protection des ressortissant.e.s érythrée.ne.s par la Suisse et la stabilisation de leur séjour.

Ces dernières semaines, le cas de Robel a été médiatisé dans l’espoir que quelque chose soit entrepris pour régulariser sa situation. Ce jeune homme, après avoir fui un enrôlement forcé dans l’armée en Érythrée, a réussi à se reconstruire dans le canton du Jura et a reçu une admission provisoire (permis F) en 2017. Grâce au soutien notamment d’une famille d’accueil qui l’oriente pour un premier stage, il est embauché aux cuisines de l’Hôpital du Jura à Porrentruy. En parallèle, il se construit un réseau social et apprend le français. Ce nouveau départ prend fin rapidement suite à la décision des autorités fédérales de lui retirer son permis de séjour. Il est depuis menacé d’expulsion et vit à l’aide d’urgence.

Dans le reportage qui lui a été consacré sur la Radio Fréquence Jura (RFJ) le 13 décembre 2019 « Robel, jeune erythréen intégré dont la Suisse ne veut plus », Pierluigi Fedele, directeur de l’Association jurassienne d’accueil des migrants (AJAM) explique l’impact large qu’a une telle décision, sur les personnes et leur entourage privé mais aussi professionnel :

Pour la personne concernée, c’est l’incompréhension totale car elle a fait tout ce qu’on lui demandait en termes d’intégration. Pour les travailleurs sociaux, c’est le sentiment d’avoir travaillé pour rien. L’aide d’urgence, c’est une sorte de « no man’s land » social et humain, on ne prend pas en considération ces parcours-là. C’est la politique d’asile qu’il faut potentiellement remettre en cause.

Canal Alpha a également rencontré Robel et sa famille d’accueil. Dans son reportage diffusé le 4 décembre 2019 « Robel, migrant bien inséré, mais qui doit être renvoyé », montre que la question a été traitée au gouvernement jurassien lors des questions orales. Il est annoncé que le gouvernement essayera d’agir sur la situation tout en évoquant une marge de manœuvre réduite dans les cantons. L’exemple bâlois du début de l’année, où le parlement avait reconnu le besoin de protection d’un jeune homme afghan contre l’avis du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) est un exemple qui montre que les cantons peuvent s’opposer à la politique fédérale, en faisant valoir des considérations humanitaires. De même, le Parlement genevois a accepté en septembre 2019 une pétition demandant le droit de rester pour les Erythréennes et les Erythréens et la possibilité qu’ils et elles puissent poursuivre leur formation. D’autres initiatives existent, parfois moins revendiquées. Également, dans plusieurs cantons, la communauté érythréenne en Suisse, soutenue par un relais citoyen et professionnel, s’est mobilisée pour le droit de rester des personnes érythréennes en Suisse.

Dans son rapport publié en novembre 2018, l’Observatoire romand du droit d’asile et des étrangers (ODAE ) pointe les durcissements du droit d’asile qui visent actuellement les Érythréen-ne-s, le groupe le plus représenté dans le domaine de l’asile en Suisse et de ce fait, en proie à des attaques politiques depuis plusieurs années. Un nombre croissant d’Érythréen-ne-s se retrouvent avec une décision de renvoi, après que les autorités aient annoncé le réexamen des admissions provisoires de quelque 3000 personnes et que le Tribunal administratif fédéral (TAF) ait confirmé en grand nombre ces décisions prises par le Secrétariat d’État aux Migrations (SEM). Le rapport souligne notamment la situation sans issue dans laquelle sont placées ces personnes qui ne peuvent pas être renvoyées faute d’accord de réadmission avec le pays d’origine mais qui se retrouvent illégalisées à l’aide d’urgence, alors que plusieurs étaient financièrement indépendantes. « On marche un peu sur la tête » comme l’a poliment formulé la ministre jurassienne Nathalie Barthoulot.

En lien, le Centre Suisse de Défense des Droit des Migrants (CSDM) vient de lancer un projet pour lutter contre la discrimination à l’encontre des requérant.e.s d’asile érythréen.ne.s en Suisse et pour lequel il a besoin de votre soutien. Une autre manière de soutenir Robel, et des milliers d’autres personnes dans une situation similaire.

Giada de Coulon (Vivre Ensemble | asile.ch)


Reportages consacrés au cas de Robel :

Documentation concernant la situation de la population érythréenne en Suisse :

Lien vers la pétition lancée par AJIR Jura aux autorités jurassienne pour demander une révision du cas de Robel : Pour que Robel puisse continuer sa vie en Suisse. Nous reproduisons ci-dessous le texte qui accompagne la pétition :

Pour que Robel puisse continuer sa vie en Suisse

Robel est un jeune homme de 21 ans domicilié en Suisse depuis 2015. Il est actuellement dans une situation plus que précaire depuis que son permis de séjour lui a été retiré.

En 2014, Robel fuit l’Erythrée dans l’urgence pour échapper à l’enrôlement de force dans un service militaire et national à durée indéterminée et arbitraire, qui s’apparente à du travail forcé. S’ensuit un long périple dangereux d’environ une année, qui l’amène finalement en Suisse, dans le canton du Jura. Il a alors 17 ans.

Il demande l’asile, et en 2017, il obtient un permis F admission provisoire. Mais, peu de temps après, les autorités suisses décident de durcir l’accès à l’asile pour les Erythréen-ne-s, bien qu’elles ne réussissent pas à se procurer des informations fiables et objectives sur le pays. Suite à cela, le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) décide de réévaluer la situation des Érythréen-ne-s ayant obtenu une admission provisoire en Suisse. Une centaine de permis sont retirés. Robel en fait partie: en juin 2019, il reçoit une lettre qui lui annonce que son permis lui est retiré. Il n’a plus droit à l’asile en Suisse et devrait donc quitter le territoire. Mais la Suisse n’ayant pas d’accord de réadmission avec l’Erythrée, les renvois sont impossibles. Robel est donc actuellement à l’aide d’urgence: il ne peut pas travailler, ni participer à des cours de français, et reçoit 10.- par jour. Des conditions affligeantes pour une Suisse qui dit pourtant avoir une tradition humanitaire.

Pourtant, dès son arrivée en Suisse, Robel apprend le français et se construit un réseau social dans la région. Il rencontre la famille Schnetz, chez qui il se rend chaque semaine. Des liens familiaux se créent rapidement. Noël et Céline Schnetz ainsi que leurs trois filles se sont vite attaché-e-s à Robel, et sont outré-e-s par cette décision.

Au printemps 2019, Robel effectue un stage à l’Hôpital du Jura. Six mois plus tard, il signe un contrat de travail. À l’aide de son salaire, il subvient à ses besoins et ne touche donc pas d’argent de l’Etat. Il était indépendant financièrement, ce qui signifie qu’il aurait pu demander un permis B une année plus tard. Mais lorsque son permis lui est retiré, il n’a plus le droit de travailler. Son patron n’a d’autres choix que de le licencier, alors qu’il était très content du travail effectué par Robel.

Contrairement à ce que la Suisse affirme, le renvoi de personnes vers l’Érythrée est inadmissible. Rien n’a changé là-bas: l’Érythrée est une dictature autoritaire qui bafoue les droits humains et les libertés de chacun-e, comme l’expliquent de nombreuses organisations internationales.

La décision de la Suisse de retirer le permis de Robel, ainsi que celui de tou-te-s les Érythréen-ne-s dans une situation similaire, est aberrante. La Suisse est le seul pays d’Europe à agir ainsi! Toutes celles et ceux qui connaissent Robel dénoncent cette décision, qui bloque toute perspective d’avenir pour Robel, pourtant très bien intégré en Suisse.

Par cette pétition, nous demandons donc au Canton du Jura d’accorder le droit à Robel de continuer de travailler, ainsi que de lui octroyer un permis B, pour lui permettre de continuer sa vie en Suisse, en sécurité et en toute liberté.


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