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Restrictions des voyages à l’étranger des permis F | Opposition des milieux de l’asile

En ligne depuis le 22 novembre 2019

Le projet de loi du Conseil fédéral mis en consultation jusqu’au 22 novembre 2019 est vivement critiqué par les milieux de défense des réfugiés. Le Conseil fédéral propose de renforcer l’interdiction de voyager des personnes titulaires d’une admission provisoire (le permis F), choisit le statu quo dans l’appellation “admission provisoire” alors qu’une large majorité des acteurs -en particulier les patrons- la qualifie de trompeuse et dissuasive à l’embauche, prétéritant les chances d’intégration.

Pour rappel, l’immense majorité des personnes titulaires d’une admission provisoire sont en Suisse car elles ont fui des régions en guerre ou dans lesquelles elles risquent torture et traitement inhumains ou dégradants (Syrie, Afghanistan, Érythrée notamment). La Suisse a l’interdiction de les renvoyer. Elles restent souvent durablement en Suisse.  Et dans l’Union européenne, elles recevraient, pour les mêmes motifs, une “protection subsidiaire“, un statut assorti de droits plus favorables, notamment en matière de regroupement familial.

Illustration de HERJI pour Vivre Ensemble n°174, octobre 2019

Retrouvez ci-dessous les liens des prises de position à ce projet de loi d’Amnesty Suisse, de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés, de l’association des Centre social protestant mais également celle du du HCR concernant l’interdiction de voyage visant les réfugiés statutaires (déjà adoptée par le Parlement fédéral en décembre) que ce projet de loi veut élargir aux personnes titulaires d’une admission provisoire.

L’éditorial de l’édition d’octobre 2019 de la revue Vivre Ensemble critiquait également cette mesure comme “de l’acharnement gratuit”, motivé par des pressions politiques et fondée sur des informations douteuses.

“Dans notre travail quotidien, nous constatons que, pour les titulaires d’une admission provisoire en Suisse, un voyage à l’étranger représente le seul moyen de garder contact avec la famille et les proches (ceux-ci ne peuvent habituellement pas obtenir de visa pour venir en Suisse). L’autorisation de la participation à des sorties scolaires ou à des manifestations sportives (art. 9 alinéa 1 ODV) favorise également pour les enfants l’intégration et un sentiment de non-discrimination par rapport à leurs camarades, ce qui est crucial pour leur équilibre et leur développement.” Centres sociaux protestants

Sur les difficultés  relevées par les employeurs suisse pour expliquer le faible taux d’embauche des personnes titulaires d’un permis F, voir l’étude Participation des réfugiés et des personnes admises à titre provisoire sur le marché suisse du travail mandatée par le Secrétariat d’État aux migrations, qui préconisait carrément “sous l’angle purement intégratif” la suppression de ce statut :

“Pour les employeurs, ce statut est clairement un frein à l’embauche et ce, quelle que soit la durée effective du séjour que recouvre la notion de «provisoire»: la dénomination même du statut contient l’idée que la personne sera renvoyée (et peut- être à un moment inopportun). Les employeurs se demandent donc dans quelle mesure ils peuvent, par exemple, confier des responsabilités à la personne concernée ou l’affecter à des tâches interchangeables et, au mieux, à durée déterminée.

Sophie Malka ( Vivre Ensemble | asile.ch)


Documentation


Résumé  de la  Prise de position de la Section suisse d’Amnesty International

La Section suisse d’Amnesty International considère qu’une interdiction générale ou des restrictions supplémentaires aux déplacements à l’étranger des demandeurs d’asile et des personnes admises «à titre temporaire» constituent une atteinte inadéquate et disproportionnée au droit à la protection de la vie privée et familiale et une restriction de la liberté de mouvement. L’organisation de protection des droits humains rejette donc fermement les changements proposés par le Conseil fédéral.

Les personnes au bénéfice d’un statut F restent souvent très longtemps en Suisse aux termes d’une admission provisoire sans qu’il leur soit possible de retourner dans leur pays d’origine. Pourtant, dans les faits leur statut ne peut le plus souvent pas être qualifié de « temporaire ». Dans ce contexte et afin de faciliter leur intégration, il serait nécessaire de leur accorder un accès légal au marché du travail, à l’aide sociale, au changement de cantons et à des droits fondamentaux tels que le regroupement familial et la libre circulation. Les restrictions supplémentaires imposées par le Conseil fédéral aux voyages à l’étranger vont exactement dans le sens contraire.

Les demandeurs d’asile et les personnes admises « à titre provisoire » ne sont aujourd’hui autorisées à voyager à l’étranger qu’à des conditions très restrictives qu’AI considère déjà comme problématiques. Les interdictions et restrictions de principe proposées remettent même en question la possibilité pour une personne admise provisoirement d’aller assister aux funérailles de son père dans son pays d’origine, pour un demandeur d’asile de rendre visite à sa soeur mourante dans un pays tiers ou pour des enfants de participer à des voyages scolaires ou des manifestations sportives dans des pays étrangers voisins. La proposition du Conseil fédéral empiète donc profondément sur des droits fondamentaux élémentaires tels que le droit à la protection de la famille et de la vie privée, garanti par la Constitution et la CEDH, les droits de l’enfant et constitue une restriction importante de la liberté de mouvement.

Il n’est pas évident de motiver ces graves atteintes aux droits: aujourd’hui déjà, le nombre de demandeurs d’asile et de personnes admises « provisoirement » autorisés à voyager à l’étranger est relativement restreint et les abus sont – au regard du nombre total de demandeurs d’asile et de personnes admises « provisoirement » – un phénomène marginal. De plus, les abus peuvent déjà être sanctionnés par un retrait de permis de séjour, et il ne paraît donc pas nécessaire d’intervenir au niveau législatif en restreignant les droits fondamentaux de tous les demandeurs d’asile et des personnes admises « provisoirement ». Les interdictions et restrictions de voyage proposées doivent être considérées comme inconstitutionnelles, contraires au droit international et disproportionnées.

AI se réjouit du fait que les personnes admises « provisoirement » et autorisées à travailler puissent à l’avenir et si elles remplissent les conditions légales, être autorisées à changer de canton. L’exigence d’une indépendance totale vis-à-vis de l’aide sociale reste cependant problématique dès lors que c’est justement le fait d’accepter un emploi dans un autre canton qui pourrait conduire à la rupture du lien de dépendance à l’aide sociale

Enfin, AI regrette que le Conseil fédéral n’envisage pas d’autres mesures visant à faciliter l’intégration des personnes admises « provisoirement ». L’organisation de protection des droits humains pense en particulier à un assouplissement du droit au regroupement familial depuis longtemps attendu, mais aussi à une nouvelle désignation du « Statut F » qui refléterait plus la situation de ces personnes. C’est précisément le terme « provisoire », souvent trompeur, qui empêche souvent l’intégration dans le marché du travail. Le terme « admission à titre humanitaire » par exemple reflèterait mieux la réalité et serait plus propice à l’intégration.

Pour une critique détaillée des propositions du Conseil fédéral concernant les modifications de la LEI susmentionnées et des propositions concrètes de modification des différents articles de la loi, AI renvoie à la prise de position de l’Organisations suisse d’aide aux réfugiés (OSAR). Ce document est à considérer comme partie intégrante de la position de la Section suisse d’Amnesty International.


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