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L’aide juridique | Vue par des demandeurs d’asile

En ligne depuis le 13 avril 2018 et publié dans - modifié le 21 avril 2018

Ils viennent d’Afghanistan, de Syrie, d’Érythrée, du Sri Lanka ou encore du Maroc. Selam, Zahidullah, Ghaith, Amir, Deshan et Kidist* ont quitté leur pays, emportant un bijou d’un parent, de simples photos ou juste les vêtements qu’ils portaient au moment du départ. Leur point commun: devoir faire le «deuil de leur patrie» une fois arrivés en Suisse. Ils doivent toutefois mettre de côté cette souffrance pour affronter un véritable marathon: la procédure d’asile.

Certains gravissent cette montagne seuls. La plupart poussent la porte d’un bureau de consultation juridique pour requérants d’asile (BCJ) afin d’obtenir des conseils ou de l’aide dans leurs démarches (recours, regrou-pement familial…). Comment ces associations et leurs juristes sont-ils perçus par leurs usagers? Nous avons donné la parole à cinq personnes, de régions du monde et de tranches d’âges différentes, ayant un jour consulté le Centre social protestant Genève. Toutes ont dès le départ été très volontaires, reconnaissantes envers l’action des juristes ou ressentant le besoin de partager leur expérience.

Extrait de ” Caricartoons EXIL “

La première question visait à connaître la manière dont les requérants d’asile avaient eu connaissance des BCJ. Kidist, originaire d’Érythrée, souligne le rôle primordial du bouche-à-oreille: «Un ami de ma communauté, qui avait fait appel à ces associations pour obtenir la nationalité suisse, me l’a recommandé».

Les requérants d’asile sont aussi souvent adressés par des médecins ou assistants sociaux. Beaucoup sont suivis sur le plan psychique ou somatique au programme santé migrants des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et tous ont accès aux conseils de travailleurs sociaux, acteurs avec lesquels les BCJ communiquent étroitement.

Enfin, celles et ceux qui ont déjà reçu une décision négative (décision de renvoi de Suisse) ou partiellement négative (refus d’asile mais octroi d’une admission provisoire) de la part du Secrétariat d’État aux migrations (SEM) reçoivent en annexe dudit courrier une liste des BCJ par canton [1]. Un document purement informatif qui peut semer le trouble chez les requérants d’asile, ne comprenant pas toujours de quel côté se trouvent les juristes, leur impartialité ou leur indépendance à l’égard des autorités suisses.

Selam, originaire d’Érythrée, traductrice occasionnelle, confirme «des confusions liées à cette liste ou du fait que les juristes peuvent obtenir une copie du dossier d’asile au SEM. Les requérants d’asile ont alors parfois tendance à assimiler ces associations aux autorités ». D’apparence anodine, cette incertitude peut engendrer une certaine méfiance.

Kidist nous confie qu’une rumeur circulerait au sein de la communauté érythréenne: les juristes seraient des espions du gouvernement suisse. La jeune femme l’explique par la situation en Érythrée, régime des plus autoritaires, où la population est sujette à un contrôle strict et oppressif.

De telles croyances ne sont pas limitées à la communauté érythréenne: les requérants d’asile provenant généralement de pays dictatoriaux ou en guerre, toute personne liée de près ou de loin aux autorités peut apparaître suspecte à leurs yeux. Ghaith, originaire de Syrie, d’abord réticent, a ensuite compris que la communication entre juristes et les autorités étaient nécessaires au déroulement de la procédure, et visait la défense des requérants d’asile.

Qu’en est-il de l’accès à l’aide juridique? Les permanences sont souvent surchargées et les juristes posent des limites. «Mais personne ne s’en plaint puisque nous voyons bien qu’ils font de leur mieux», affirment, Amir, originaire du Maroc ou Zahidullah, d’Afghanistan.

Autre problème d’accès, plus pratique: la langue. Les quelques bases de français sont souvent insuffisantes à l’appréhension détaillée des conseils juridiques. Les BCJ ne disposant pas de traducteurs, les requérants d’asile doivent faire appel à des proches, parfois à leurs enfants. Or, selon Selam, la traductrice, «si le conseil des juristes est approprié, le langage employé est parfois trop technique. Mon travail consiste alors aussi à traduire les termes juridiques dans des mots compréhensibles».

En dépit de ces obstacles, Deshan, originaire du Sri Lanka, dit avoir été aidé par de bons juristes, arrangeants et respectueux. Ghaith et Amir soulignent quant à eux l’accueil, l’écoute et la ponctualité des juristes de ces associations, trois atouts essentiels.

Un dernier mot? Alors que certains ne sont pas encore fixés sur leur sort, tous adressent un chaleureux «merci» aux juristes, y compris pour le soutien moral, brisant un certain isolement et désarroi auxquels ils sont souvent confrontés.

MARGAUX REBER

* Prénoms fictifs
[1] Une liste des BCJ mise à jour par l’OSAR peut être consultée sur le site de Vivre Ensemble.

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